EFFETS DU DÉBOISEMENT. 509
de l’Oder et de l’Elbe s’est affaibli depuis 1778 jusqu’à 1835 pour lepremier de ces fleuves, et depuis 1828 jusqu’à 1830 pour le second.Cette diminution est tellement sensible que, si elle suit toujours lamême loi, il faudra changer en 1860 la forme des bateaux; des recher-ches statistiques ont prouvé qu’on ne pouvait attribuer ce fait audéboisement des montagnes
On a cherché, pour l’expliquer, si la quantité de pluie qui tombedans différents lieux de l’Europe n'allait pas en diminuant; maisonn’a pas été plus heureux. En effet, depuis 1689, que l’on observe laquantité de pluie tombée à Paris, on a plutôt trouvé une légère aug-mentation qu’une diminution. Césaris a reconnu le môme accroissementpour la ville de Milan depuis 1703 jusqu’à cette époque. Il en est demême à la Rochelle et dans le bassin du Rhône.
L’hypothèse de la diminution de pluie devant être rejetée, on a penséque peut-être le nombre de jours de pluie aurait pu changer, en se fon-dant sur ce fait, généralement admis, que les grandes pluies fournis -sent plus d’eau aux rivières que la même quantité d’eau tombée enplusieurs jours séparés par des intervalles de sécheresse.
Mais la discussion des observations n’a pas éclairé davantage laquestion ; on a donc été réduit à invoquer les changements apportésdans les climats par la culture.
En considérant l’ensemble des observations rapportées précédem-ment, nous sommes conduits aux conséquences suivantes :
1° Les grands défrichements diminuent la quantité des eaux vivesqui circulent dans un pays;
2° On ne peut décider encore si cette diminution doit être attribuéeà une moindre quantité annuelle de pluie ou à une plus grande éva-poration des eaux pluviales, à ces deuxeffets combinés, ou à une nou-velle répartition des eaux pluviales. Toutefois, nous ferons remarquer,d’après M. Roussingault, que les observations faites dans les régionséquinoxiales font présumer que les grands défrichements diminuentla quantité de pluie qui tombe annuellement;
3° Dans les contrées qui n’ont point éprouvé aucun change-ment dans la culture, la quantité d’eau vive ne paraît pas avoirchangé ;
4° Les forêts, tout en conservant les eaux vives, ménagent et régu- 0larisent leur écoulement ;
5° La culture établie dans un pays aride et découvert dissipe unepartie des eaux courantes ;
o° Des sources peuvent disparaître par suite de déboisements locaux