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Des climats et de l'influence qu'exercent les sols boisés et non boisés / par M. Becquerel
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CHAPITRE X.

livre le sol aux torrents. Il est facile, du reste, dexpliquer cet effet :Aussitôt quun sol est envahi par la végétation, dabord par desplantes basses, puis par des arbres, les racines senlacent les unesdans les autres et forment un réseau qui lui donne de la consistance;les branches pourvues de leurs feuilles le garantissent du choc desondées. Les troncs, les rejetons et les broussailles qui les entourentopposent des résistances multipliées aux courants qui, sans cela, ravi-neraient la terre. Leffet de la végétation est donc de donner plus desolidité au sol et de diviser les eaux sur toute sa surface, afin dempè-clier quelles ne se portent en masse dans les lignes du thalweg,comme cela aurait lieu si le terrain était dénudé. Le sol, étant divisépar les racines et recouvert dun humus spongieux, absorbe une par-tie des eaux qui cessent de couler sur les pentes. Tels sont les bien faitsrésultant de la présence des forêts sur les montagnes à pentes incli-nées exposées aux pluies torrentielles.

Malgré la violence des torrents, il arrive quelquefois que la végéta-tion sempare du terrain, et alors on trouve, dans les bassins de récep-tion des grands torrents, dépaisses forêts, et le long des versantsboisés, un très-grand nombre de petits torrents éteints, qui semblentétouffés sous la masse des végétaux.

Vient-on à déboiser ces torrents éteints, ils reparaissent avec plusou moins de force et détruisent de nouveau toute la végétation. On avu des effets de ce genre, dit BI. Surel, se produire à la suite des dé-boisements excessifs qui eurent lieu dans les premières années de larévolution. Les ravages opérés par les grands torrents dans les Hauteset Basses-Alpes datent de cette époque.

Nous citerons particulièrement le revers situé sur la rive gauche dela Durance, depuis Savines jusquà la rivière de lUbaye. Ce reversest formé dune succession délits de déjection appartenant à dancienstorrents, qui sétaient éteints après avoir rongé une grande partie dela montagne deMorgon (i) : « Tout ce quartier était couvert de forêts« qui ont été éclaircies, et quon ne cesse dappauvrir tous les jours ;« aussi les torrents ont-ils recommencé leurs ravages, et, si les déboise-« ments continuent avec la même incurie, ce revers, aujourdhui fer-« tile, sera ruiné comme tant dautres. »

On voit donc que laction des forêts ne se borne pas seulement àempêcher la production de nouveaux torrents, mais quelle peut en-core, dans certaines circonstances, éteindre des torrents déjà formés;par conséquent les forêts placées sur les montagnes sopposent à leur

(i) Études sur les torrents des Hautes-Alpes, p. 155 .