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CHAPITRE XI.
M. Alph. de Candolle ne partage pas cette opinion. « Comment, a-t-il« dit, les mêmes végétaux ont-ils pu vivre sous la lumière intense des« régions équinoxiales et pendant les longues nuits polaires? Que l’on« réfléchisse à l’action importante de la lumière dans les fonctions res-« piratoires et exhalantes des végétaux, et il ne sera guère possible de« supposer que des plantes qui ne perdent pas leurs feuilles et qui ou-« vrent leurs stomates à la lumière douze heures sur vingt-quatre ,« aient pu supporter une obscurité de quelques mois. »
M.Lecoq (1) a répondu à cette objection : « Beaucoup de plantes vivent<■ dans des lieux très-ombragés, et nos forêts nourrissent un certain« nombre de végétaux que le soleil n’atteint jamais. La même chose« devait avoir lieu à l’époque de la végétation des houilles, et plu-« sieurs espèces abritées sous les larges feuilles et les cimes impénétra-« blés des grands végétaux devaient parcourir toutes les phases de leur« existence sans être éclairées par un seul des rayons du soleil, etc. » -A cette réponse on peut répliquer que les houillères ne se compo-sent pas seulement de débris de végétaux croissant à l’ombre desgrands arbres, mais bien de grands végétaux tels que les fougères ar-borescentes qui avaient 20 ou 25 mètres de hauteur. M. Lecoq ajoutetoutefois : « Nous ne savons pas même si la haute température qui ré-« gnait dans ses eaux à l’époque du dépôt des houilles n’occasionnait« pas, à une certaine hauteur dans l’atmosphère, une zone de conden-« sation où les vapeurs formaient un voile nuageux impénétrable aux« rayons du soleil. Ce sont peut-être ces conditions d’existence, nuisibles« aux autres végétaux, favorables au contraire à l’organisation des fou-« gères, qui ont permis à cette élégante famille déplantés, de prendre« une telle extension aux dépens des classes qui ont trouvé plus tard« leurs conditions d’existence. » A l’exception des régions polaires,presque toute la terre jouissait des avantages des tropiques.
Si nous passons à une autre époque, à celle du soulèvement desAlpes centrales , où une grande partie du globe fut bouleverséedepuis la hauteur de l’Afrique jusqu’au centre de l’Asie, le sol com-pris entre Constance et Marseille prit un graDd relief et dut se re-froidir ; la mer Méditerranée fut formée, ou du moins la communica-tion avec l’Europe fut ouverte; l’Europe, enfin, reçut alors sa formeet son relief actuels. Cette révolution fut accompagnée d’un refroidis-sement quia donné lieu aux climats actuels. Avant cette révolutionnatempérature moyenne était peut-être, suivant M. Élie de Beaumont, la
(1) Éléments de géologie, t. II, p. 487.