Band 
Seconde partie.
Seite
310
JPEG-Download
 

310

SECONDE PARTIE.

On appelait cette épidémie la mort noire. On la confondaitaussi avec la fièvre dite piémontaise , importée par les troupesbernoises au service de Savoie. 11 est à regretter que les auteursne nous aient pas transmis une monographie de cette maladie quidevait appartenir à la classe des fièvres typhoïdes. Quoi qu’il ensoit, elle moissonna des paroisses entières depuis les Alpes jusqu’auRhin. Dans celte horrible marche de la Suisse vers la mort, Zu-rich perdit 5000 âmes, Scliwyz 2200, Berne 3000, entr’autrespendant la seule année 1628, l’Avoyer Grafenried, plusieursmembres du Petit Conseil et environ 4-0 membres du GrandConseil. L’Avoyer d’Erlach enterra neuf enfans. Dans la Thurgo-vie, la moitié de la population, c’est-à-dire plus de 30,000 per-sonnes furent enlevées dans le court espace de 8 mois.

Notre Gouvernement prit toutes les mesures quo nécessitaientces tristes circonstances. Pour écarter autant que possible la con-tagion , on relégua les malades sur la Planche ; dans la fatale an-née 1628 on construisit des baraques hors des portes. Des femmes,nommées tnarones, furent mises au service des malades, surtoutde ceux qui gisaient dans leurs maisons. On ferma les écoles, carplusieurs élèves avaient succombé, et il importait surtout de pré-venir les grandes agglomérations d’hommes. On prohiba le pèle-rinage des Ermites, si cher aux Fribourgeois. On menaça de tirersur quelques membres de la famille Praroman, qui, malgré ladéfense, continuaient à circuler partout, quoique l’un d’eux fûtatteint du mal. On suspendit la reddition des comptes des couvens,l’envoi d’un député à la diète. On renonça même au grand dînerde dédicace aux Capucins 1 .

Les Jésuites et les Augustins tinrent, dans ce temps de calamitépublique, une conduite tout opposée. Les premiers s’offrirentspontanément au service des malades, les seconds s’y refusèrent,lorsqu’ils en furent requis. Pierre llaas, notre curé de ville , se

1 Ccl usage ne paraît avoir cessé que vers le milieu «lu siècle passé.