CHAPITRE II.
33
Après le funeste Convenant de Stanz, les paysans suisses se re-trouvèrent placés au même point, d’où les Waldstettes étaient par-tis pour conquérir la liberté, avec cette différence que les tyransde celles-ci étaient étrangers, tandis que le patricial, qui s’établitdepuis, était un despotisme indigène.
Et ce qu’il y eut de remarquable, c’est que, dans les possessionsmixtes, les baillis des petits cantons étaient plus durs, plus cruels,plus rapaces que ceux des aristocraties
Partout l’avilissement du travail, la soif du luxe, les mœursdevenues féroces par la guerre, l’ambition des titres, le ser-vice militaire plus honoré que tous les autres et procurant presqueseul des lettres de noblesse. A Fribourg, l’aventurier Konig sefraye par l’épée la voie des honneurs, tandis que le savant Guil-liman meurt dans la détresse et presque dans l’oubli.
Puisque les mêmes causes provoquent les mêmes effets, lespaysans du 17'"° siècle devaient s’impatienter du joug comme ceuxdu 14"'°. Telles étaient aussi leurs dispositions dans les grandscantons, vers le milieu du 17 me siècle, dispositions qu’animait en-core le voisinage de paysans plus libres, plus heureux dans lespetits cantons.
Les éléments étant donnés, il ne fallait plus qu’une étincellepour en déterminer la déflagration, et elle se trouva dans ce con-cours funeste de circonstances que la fatalité se plaît quelquefoisà réunir.
Les troupes que le gouvernement de Berne dut tenir sur piedpour protéger l’Argovie nécessitèrent un impôt qui fit beaucoupcrier.
La Suisse septentrionale s’était vue un instant encombrée d’émi-
* La dure condition de ces pays ne changea qu’en 1798. Elle était telle queFirraian disait : Vous mériteriez que l’Empereur (Joseph II) s’emparât de ce mal-heureux pays. Lettre de Bonstetten à Mathisson , i5 Juin 179 $.
3