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tombés du ciel au hasard, qui a plus de baies, d’îlots, derécifs et de promontoires qu’un golfe de Norvège . D’uncôté de cette place deux polyèdres composés de construc-tions gothiques, surplombant, penchés, grimaçant, et setenant effrontément debout contre toute géométrie ettout équilibre. De l’autre côté, une belle et rare égliseromane, percée d’un portail à losanges, surmontée d’unhaut clocher militaire, cordonnée à l’abside d’une galeriede petites archivoltes à colonnettes de marbre noir, etpartout incrustée de tombes de la renaissance comme unechâsse de pierreries. Au-dessus de l’église byzantine, àmi-côte, la ruine d’une autre église, du quinzième siècle,en grès rouge, sans portes, sans toit et sans vitraux,magnifique squelette qui se profile fièrement sur le ciel.Enfin, pour couronnement, au haut de la montagne, lesdécombres et les arrachements couverts de lierre d’unschloss, le château de Stahlech, résidence des comtespalatins au douzième siècle. Tout cela est Bacharach .
Ce vieux bourg-fée, où fourmillent les contes et les lé-gendes, est occupé par une population d’habitants pitto-resques, qui tous, les anciens et les jeunes, les marmots etles grands-pères, les goitreux et les jolies filles, ont dansle regard, dans le profil et dans la tournure, je ne saisquels airs du treizième siècle.
Ce qui n’empêche pas les jolies filles d’y être très jolies;au contraire.
Du haut du schloss on a une vue immense et l’on dé-couvre dans les embrasures des montagnes cinq autreschâteaux en ruines; sur la rive gauche, Furstenbei'g, Son-neck et lleimburg; de l’autre côté du ileuve, à l’ouest, onentrevoit le vaste Gutenfels, plein du souvenir de Gustave-Adolphe ; et vers l’est, au-dessus d’une vallée qui est lefabuleux Wisperthal, au faîte d’une colline, sur une petiteéminence qui lui sert de piédestal, cette botte de noirestours qui ressemble à l'ancienne Bastille de Paris , c’est lemanoir inhospitalier dont Sibo de Lorch refusait d’ouvrirla porte aux gnomes dans les nuits d’orage.
Bacharach est dans un paysage farouche. Des nuéespresque toujours accrochées à ses hautes ruines, desrochers abrupts, une eau sauvage, enveloppent dignement