XVIII
OU LES ESPRITS GRAVES APPRENDRONT QUELLE ESTLA PLUS IMPERTINENTE DES MÉTAPHORES
A la rigueur, ce pouvait bien ne pas être le rouet deBauldour, ce n’était peut-être que le rouet d’une de sesfemmes, car auprès de sa chambre Bauldour avait son ora-toire, où souvent elle passait ses journées. Si elle filait beau-coup, elle priait plus encore. Pécopin se dit bien un peutout cela; mais il n’en écouta pas moins le rouet avec ravis-sement. Ce sont là de ces bêtises d’homme qui aime, qu’onfait surtout quand on a un grand esprit et un grand cœur.
Les moments comme celui où se trouvait Pécopin secomposent d’extase qui veut attendre et d’impatience quiveut entrer ; l’équilibre dure quelques minutes, puis ilvient un instant où l’impatience l’emporte. Pécopin trem-blant posa enfin la main sur la clef, elle tourna dans laserrure, le pêne céda, la porte s’ouvrit; il entra.
— Ah ! pensa-t-il, je me suis trompé, ce n’était pas lerouet de Bauldour.
En effet, il y avait bien dans la chambre quelqu’un quifilait, mais c’était une vieille femme. Une vieille femme,c’est trop peu dire ; c’était une vieille fée, car les féesseules atteignent à ces âges fabuleux et à ces décrépitudesséculaires. Or cette duègne paraissait avoir et avait néces-sairement plus de cent ans. Figurez-vous, si vous pouvez,une pauvre petite créature humaine ou surhumainecourbée, pliée, cassée, tannée, rouillée, éraillée, écaillée,renfrognée, ratatinée et rechignée ; blanche de sourcils et