Band 
II.
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LE RHIN .

politiques, les rivalités musicales et les coteries littéraires,et saura admirer un jour cette douce et profonde musique,si pathétique et si forte, si gracieuse par endroits, si dou-loureuse par moments; création se mêlent, pour ainsidire dans chaque note, ce quil y a de plus tendre et cequil y a de plus grave, le cœur dune femme et lespritdun penseur. LAllemagne lui rend déjà justice, la France la lui rendra bientôt.

Comme je me défie un peu des curiosités locales exploi-tées, je nai pas été voir, je vous lavoue, la miraculeusecorne de bœuf, ni le lit nuptial, ni la chaîne de fer duvieux Hrœmser. En revanche, jai visité le donjon carréde Rudesheim , habité à cette heure par un maître intelli-gent qui a compris que cette ruine devait garder son airde masure pour garder son air de palais. Les logis sontcomme les gentilshommes, dautant plus nobles quils sontplus anciens. Ladmirable manoir que ce donjon carré'.Des caves romaines, des murailles romanes, une salle desChevaliers dont la table est éclairée dune lampe fleuron-née pareille à celle du tombeau de Charlemagne , des vitrauxde la renaissance, des molosses presque homériques quiaboient dans la cour, des lanternes de fer du treizièmesiècle accrochées au mur, détroits escaliers à vis, desoubliettes dont labîme effraie, des urnes sépulcralesrangées dans une espece dossuaire, tout un ensemble dechoses noires et terribles, au sommet duquel sépanouitune énorme touffe de verdure et de fleurs. Ce sont lesmille végétations de la ruine que le propriétaire actuel,homme de vrai goût, entretient, épaissit et cultive. Celaforme une terrasse odorante et touffue, d lon contempleles magnificences du Rhin . 11 y a des allées dans ce mon-strueux bouquet, et lon sy promène. De loin, cest unecouronne; de près, cest un jardin.

Les coteaux de Johannisberg abritent ce vénérable don-jon et le protègent contre le nord. Le vent tiède du midiy entre par les fenêtres ouvertes sur le Rhin . Je ne connaispas de souffle plus charmant et de vent plus littéraire quele vent du sud. Il fait germer dans la tête les idées riantes,profondes, sérieuses et nobles. En réchauffant le corps, ilsemble quil éclaire lesprit. Les athéniens, qui sy connais-