CHAPITRE PREMIER. 11
paille pour déterminer le départ de cette âme, qui peut-être ie-nonec à regret à la vie terrestre et flotte auprès de la maison.
Le même naïf expédient est employé dans tous les décès, quoi-qu’il ne puisse être expliqué dans tous les cas par la même raisonspécieuse.
On comprend que l’âme d’une innocente enfant, qui, dans sonexistence éphémère, n’a connu que les joies du foyer de la familleet les caresses de l’amour maternel, s’en sépare difficilement.Mais combien d’âmes, après leur longue expérience de la vie,n’aspirent qu’à»s’en aller hors de ce monde où elles ont subi,selon la mélancolique expression de Shakspeare, les injures dutemps, les rigueurs de l’oppression, les dédains de 1 hommeorgueilleux, les douleurs de l’amour trompé 1 !
Dans nos montagnes de Franche-Comté , nous avons gardéune quantité de légendes de saints et de couvents; car la Franche- Comté est, comme je l’ai déjà dit, un pays de foi et de religionimprégné de croyances espagnoles et de rêveries germaniques.Nos premiers législateurs furent des prêtres, nos plus beauxmonuments des abbayes. Le culte de la Vierge est surtout pro-fondément enraciné dans les esprits. Partout elle a ses autels,partout elle a fait des miracles. Ici est l’ermitage où l’on a coutumede l’implorer avant d’entreprendre un long voyage. Là est le sanc-tuaire rempli d’ex vota où les malades sont entrés avec la béquilleet d’où on les a vus revenir guéris. Les bateliers consacrent auxbords des rivières un oratoire à la Vierge; les bûcherons placentson image dans le creux d’un arbre ou dans le flanc d’un rocher:les paysans la posent au-dessus de leur maison ou à l’entréede leur hameau, et tout le scepticisme de nos jours expire de-vant une de ces humbles chapelles où apparaît une de ces saintes
images dépourvues d’ornements de luxe, mais entourées d’hom-mes à genoux.
1 tlamlet, acte III, sci'no i.