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les deux pieds gelés. On Unit cependant par me ramener au cou-vent; on me mit au lit, on me pansa les pieds et les mains, quiétaient aussi fort endommagés. Ces doux et charitables religieux!quand je les voyais ainsi s’occuper d’un pauvre ouvrier tel quemoi, je pensais à toutes les méchantes paroles qu’on avait ditescontre eux en 1848, au mal qu’on leur avait fait, et je maudissaisces vilaines gens qui excitent aux révolutions.
« Tous les remèdes employés pour me guérir lurent'pourtantinutiles ; on reconnut qu’il fallait en venir à me couper les pieds,peut-être les extrémités des mains; un des religieux descendit àAoste pour engager le chirurgien de la ville à venir au couventfaire cette opération. Mais c’était en plein hiver, le chirurgien nevoulait pas s’exposer aux dangers de la route, et comme il n’y avaitpas de temps à perdre pour préserver mes membres de la gan-grène, on résolut de me conduire à la ville : je fus placé sur unbrancard, enveloppé de bonnes couvertures, et huit novices meportèrent tour à tour jusqu’à l’hôpital d’Aoste . Là, grâce à Dieu ,j’appris que mes mains seraient sauvées; mais le chirurgien m’en-leva la moitié des pieds. Quelque temps après cette amputation,j’ai été ramené à la maison du Saint-Bernard pour achever de meguérir. Déjà je commence à marcher, en m’appuyant sur unbâton; je compte partir bientôt et rentrer dans mon imprimerie :il ne me sera pas si facile qu’autrefois de faire mon métier; carvous savez sans doute, monsieur, que les compositeurs travaillenttoujours debout; mais il en est aussi qui s’asseoient devant leur-rasse sur un haut tabouret : je ferai comme eux. En attendant, etpar précaution, je tâche d’apprendre un autre métier. »
A ces mots, le pauvre Piémontais me fit voir des chapeaux enpaille qu’il tissait avec habileté, et il avait l’expression du conten-tement sur la figure, et près de lui était couché le chien auquel ildevait probablement la vie, un beau gros chien au poil fauve ettouffu, au museau noir, aux membres musculeux.
Le Lapon a une tendre et légitime affection pour le renne, qui,