A l’agriculture DE LA FRANCE. 227
deuxveaux,parcequej’enavaisgardédeuxautrespourles élever.
Sur mes 754 fr., il me fallait acheter avant tout30 hectolitres d’avoine, puisque je devais les semer,et de plus, ayant examiné l’étendue des travaux qu’ilme fallait exécuter, et l’état de mon attelage, je re-connus avec douleur que mes trois bêtes, dont l’unevenait de mettre bas tandis que la quatrième n’avaitque deux ans, n’étaient pas suffisantes pour y pour-voir. Je me résolus en conséquence à faire empletted’un quatrième cheval. Ayant communiqué mes inten-tions à l’égard de ce double achat à un ami, négocianten bois, et qui, en cette qualité, allait souvent àAuxonne, il me conseilla de l’y accompagner, parceque je pourrais y acheter de l’avoine de Franche-Comté, dont l’espèce valait mieux que la nôtre, et quej’aurais la chance d’y trouver peut-être un cheval àma convenance.
Sa proposition m’agréa et nous partîmes ensembledans sa carriole pour nous rendre à la foire d’Auxonne,avec 400 fr. que j’avais sur moi. C’est là où m’attendaitune de ces circonstances imprévues qui peuvent dé-cider de la fortune d’un cultivateur. En cherchant uncheval sur la foire, on vint me proposer d’en acheterun avec son harnais et sa carriole, dont une veuvevoulait se défaire, attendu que son mari étant mort,elle n’en avaitplusbesoin. Quoiqu’une carriole fût pourmoi un grand luxe, je réfléchis cependant qu’estropiécomme je l’étais, et placé loin des grandes routes,une carriole me serait d’un grand secours à chaque foisque les affaires de ma ferme m’obligeraient à faire