A L’AGRICULTURE DE LA FRANCE. 239
le fumier entassé dans cette bergerie, tandis que pré-cédemment on ne l’en tirait qu’une seule fois lorsqu’ilétait question de le transporter dans les champs. Celuiqu’il fallut extraire au printemps servit avec grandprofit à fumer la chenevière et le jardin.
Telle est, monsieur, l’histoire agricole de ma pre-mière année. Nous étions, comme vous le voyez, ap-provisionnés de toutes choses et même d’argent. Mafemme était heureusement accouchée d’une petite fillebien venante, ce qui nous avait obligés à prendre uneseconde servante. Elle avait de quoi pourvoir à sonménage, puisqu’elle avait en abondance des légumes,des pommes de terre, du chanvre, du laitage, un grosporc pendu à la cheminée, et pour ce qui manquait,elle avait le produit du beurre et des veaux, lequelavait presque doublé par les soins que nous avionspris; mais à peine étions-nous en jouissance de tantde félicité, qu’elle fut cruellement troublée par l’inva-sion étrangère.
— En eûtes vous beaucoup à souffrir ?
— Non, pas personnellement, monsieur; nous som-mes placés si loin de toutes les grandes roules qu’au-cune troupe ni aucun soldat ne s’y sont montrés;mais qu’il est dur pour un vieux soldat de voir sonpays envahi, ses camarades courir aux armes pour ledefendre et d’être estropié! Je pleurais, monsieur,lorsque, assis près de mon feu, je voyais le rubanrouge n’être plus sur ma poitrine qu’une vaine déco-ration. Ah ! cet hiver fût bien rude à passer !
— Et les réquisitions ?
— Oh! les réquisitions furent supportables, on neme demanda qu’une vache et une voiture de foin,