312 AMÉLIORATIONS RURALES APPLICABLES
couvrent ces plages incultes, où croît l’oseille sau-vage au milieu de la bruyère dans File de Camargue,et la lavande et le thym, entre les cailloux de laCrau.
Le capital de ces troupeaux appartient aux fer-miers qui louent du propriétaire les steppes sur les-quels ils passent l’hiver. Un mas, en terme du pays,c’est-à-dire un grand corps de bâtiment, sert, commele cazale, dans la plaine du Latium , de manoir àl’exploitation, et comme dans le Latium aussi, il estrare que les familles de fermier séjournent dans cesmas. Elles vivent à la ville, à Arles, à Salon, à Saint-Gilles ou à Sainte-Marie, cités placées au bord dudésert et d’où les fermiers et leurs ménagères vont etviennent en temps de récoltes ou en cas d’affaires,montés sur leurs petits chevaux gris. Celles-ci, assisessur leurs selles à fauteuil, poussent leur cheval à l’am-ble et profitent de la douceur de cette allure pourtricoter le long de la route uniforme et désertequ’elles doivent parcourir; à moins toutefois qu’ellesne portent un nourrisson dans leurs bras, ce qui lesrend étrangères aux cris des vanneaux et des plu-viers partant de tous les buissons et de tous les ta-marins de la route, à mesure que l’arrivée des chevauxles effraie.
Ce n’est donc pas faute de capitaux que l’état agri-cole du delta formé par l’embouchure du Rhône estresté sauvage; il faut s’en prendre à la nature dupays qui, dans la Crau, s’oppose à toute culture, etdans la Camargue demande, avant d’être cultivé,des travaux et des avances qui ne sont pas du ressortdes fermiers. Ces travaux ne sont pas moins que des