( 252 )
resta vingt-quatre heures sans manger. Aprèsavoir dressé pour Blanche, dans le chalet, unlit d’herbes et de foin, nous profitâmes avecmylord du reste du jour mourant, pour visiterle pâturage et le bas du glacier qui étoit surnotre tête. Du haut de ce glacier ^ dont l’aspectest magnifique, nous voyions descendre desruisseaux, qui alloient former un lac où se ré-fléchissoient l’azur du ciel et l’éclat éblouissantdes glaces. La nuit nous ramena au chalet, oùles bergers ne tardèrent pas à rentrer : un seulreste au milieu des troupeaux pour les garderpendant la nuit. Nous nous amusâmes à les voirpétrir leurs fromages ; ils en firent cent vingtlivres : c’est la quantité de tous les jours. Ilsvivent de leur laitage, et leurs occupations sontde traire les vaches deux fois par jour, de fairele fromage, de veiller les troupeaux, de fendredu bois, qu’ils vont chercher sur leur dos à ladistance de huit lieues. Ce désert agreste, cettevie monotone et saùvage seroient une punitionterrible pour un habitant de nos grandes villes :cependant la santé et la gaieté logent dans cechâlet. Ces pasteurs, sans femmes, sans passions,loin du séjour qu’elles agitent, jouissent d’uncalme, d’une sérénité d’ame inaltérables : con-tens de leur état, ils remercient tous les soirs