Band 
Tome troisieme.
Seite
377
JPEG-Download
 

( ^77 )

de l’arae du sage, dont l’exemple n’exista jamais, ou,n’existe qu’aux mêmes lieux d’où on en tire l'emblème.Ce fut là où je démêlai sensiblement dans la pureté del’air, la véritable cause du changement dé mon hu-meur et du retour de celte paix intérieure que j’avoisperdue depuis long-temps. En ellet, c’est une impres-sion générale qu’éprouvent tous les hommes, quoiqu’ilsne l’observent pas tous, que sur les liantes montagnesoù l’air est pur et subtil, ou se sent plus de facilité dansla respiration, plus de légèreté dans le corps, plus desérénité dans l’esprit, l.es plaisirs y sont moins ardens ;les passions plus modérées, les méditations y prennentje ne sais quel caractère grand et sublime, proportionnéaux objets qui les frappent, je ne sais quelle voluptétranquille qui n’a rien d’âcre et de sensuel : il semblequ’en s’élevant au-dessus du séjour des hommes, ou ylaisse tous les senlimens bas et terrestres; et qu’à me-sure qu’on approche des régions étliérées, l ame con-tracte quelque chose de leur inaltérable pureté : on yest grave sans mélancolie, paisible sans indolence,content d’être et de penser. Tous les désirs trop vifss’émoussent : ils perdent cette pointe aiguë qui les renddouloureux ; ils ne laissent au fond du cœur qu’uneémotion légère et douce. C’est ainsi qu’un heureuxclimat fait servir à la félicité de l’homme les passionsqui font ailleurs son tourment. Je doute qu’aucune agi-tation violente, aucune maladie de vapeurs pussenttenir contre un pareil séjour prolongé ; et je suis sur-pris que des bains de l’air salutaire et bienfaisant de*montagnes, ne soient pas un des grands remèdes deUt médecine et de la morale.