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en enlrant a Bâle , c’esl l’expressionde tristesse et de solilude empreintepartout. Au bruit d’une voiture , ontiré les volets, on ferme les portes,et les femmes se cachent. Tout estmort, désert. On dirait une ville àlouer. Si, en traversant un quartierisolé, au détour d’une rue, il vousarrive de tomber au milieu d’ungroupe de jeunes filles qui se sontoubliées à causer sur les seuils, vousles voyez s’envoler, à votre aspect,comme un essaim de pigeons ef-frayés.
« Il ne faudrait point croire ce-pendant que l'emprisonnement vo-lontaire des Bâloises dénote chezelles une absence complète de cu-riosité; mais clics ont trouvé moyende concilier celle-ci avec leur sau-vagerie. Des miroirs fixés à des ver-ges de fer et habilement disposésaux fenêtres leur permettent d’a-percevoir, du fond de leurs apparte-ments, tout ce qui se passe au de-hors,en leur épargnant a elles-mêmesle désagrément d’être aperçues. Decelte manière, le monde passe devantleurs yeux sans les effaroucher et sousforme de lanterne magique.
« Mais si les rues de Bâle sonttristes à parcourir, en revanche onne saurait donner idée de leur ex-quise propreté. Toutes les maisonsont l’air d’avoir été finies la veille etd’atlendre leur premier locataire.Pas une lézarde, pas une égralignu-re, pas une tache sur tous ces murspeints à l’huile, pas une fêlure danstoutes ces grilles d’un travail mer-veilleux qui défendent les fenêtres lesmoins élevées. Les bancs d’été, pla-cés près du seuil, sont soigneusementrelevés et incrustés dans la muraille,à l’abri de la pluie et du soleil. Si larue forme une pente trop raide, desniains-courantes , fixées aux murs,aident les pas du vieillard ou dupaysan chargé. Partout vous trouvezcette attention minutieuse, celte sur-veillance des besoins de la foule,cette sollicitude du propriétaire et dupère de famille. On sent qu’à Bâle rien n’échappe à l’œil du gouverne-ment, el qu'il fait chaque soir le tourde ses états. Du reste, la propreté
que l’on remarque à Bâle semble lerésultat de vieilles habitudes; elle estpassée dans le caractère de ses ha-bitants. Cet amour excessif pour toutce qui est rangé, net et luisant, portemême quelques Bâlois à n’habiterque quelques chambres sur le der-rière de leurs maisons , tandis queles appariements du devant, oùn’entrent que, les frotteurs, restentéternellement vides. »
Uistoiue. — Lorsque les Romainspénétrèrent dans les Gaules et dansl’IIclvétie, le canton de Bâle faisaitpartie de la Ilauracie, qui avait pourcapitale Raurica, appelée par la sui-te Augusta Rauracorum, aujour-d’hui le village il'Aeugst (R. n» 95).Sur l’emplacement de la ville actuelleon ne vit, pendant plusieurs siècles,qu’un château fort nommé Basilia,construit l’an 358, parValentinien 1",et dont Ammicn Marcellin parle au30 e livre de son histoire. Après ladestruction A'Augusta Rauraco-rum, au ve siècle, l'évêque du dio-cèse fixa sa résidence dans ce châ-teau, augmenté d’un palatium, etqu’entourèrent bientôt un nombreconsidérable de maisons. Telle futl’origine de Bàlo, qui. bien que ra-vagée par les Barbares lors desgrandes invasions des iv c et v e siè-cles , et une seconde fois par lesHuns en 917, ne tarda point à deve-nir Tune des plus grandes el desplus florissantes villes de l’Helvétreet de la Rhétie , et qui, cessant en1032, de faire partie du royaume deBourgogne, passa sous la suzeraineledes empereurs d’Allemagne , mais eurestant toujours sous la dominationspirituelle et temporelle de scs évo-ques, que Charlemagne avait créesprincipes aulœ nostree , au eom-mencement du XI e siècle.
A dater de cette époque jusqu aTannée de son admission dans laConfédération suisse (1501), Bâle n apas une histoire différente de rcl edes autres grandes villes. _Klle lut <■souvent et presque toujours avecavantage contre les évêques, sesouverains spirituels et temporel-',et contre la noblesse de la con-trée environnante. Par force ou •