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ce qui ne laissait assurément rien à désirer àl’arbitraire. Cet arbitraire avait perdu la plusgrande partie de ses inconvéniens par les pro-grès de la civilisation, et la justice était admi-nistrée presque toujours avec douceur et im-partialité; mais il en fallait rendre grâces auxmœurs, et non aux institutions. Rousseau disait,avec raison, qu’à Genève on s’était toujours laisséséduire par Vapparence ; quon avait négligé l’es-sentiel; qu’on s’était trop occupé du conseil gé-néral, et pas assez de ses membres; qu'il fallaitmoins songer à Vautorité, et plus à la liberté.
Les magistrats s’étaient servis des soldats dela garnison pour faire la police de la pèche surle lac; on leur en fit un crime. On leur fit un crimeaussi, et avec bien plus de raison, d’avoir faitarrêter des citoyens de nuit dans leur domicile,par le moyen de détachemens de cette garnison :dans une occasion, les soldats se firent ouvrirles portes, dans une autre ils allèrent jusqu’à lesenfoncer (1). Une fois ils se trompèrent de mai-son , et pénétrèrent ainsi sans ordre dans le do-micile d’un citoyen : celui-ci n’obtint d’autreréparation que l’emprisonnement du caporal dela garde pendant quelques jours, et la déclara-tion que sa maison n était pas suspecte. Les ma-
(1) Mémoire du 12 juin 1766, présenté aux très illus-tres, etc. etc.