DES MATHÉMATIQUES. P.vnr. IV. Liv. V. 327
Sans entrer dans le détail du Roman physique de Descartes,j’appelle ainsi la manière dont il conçoit la formation de sestrois élémens, je me borne à dire qu il fait de notre systèmeplanétaire comme un vaste tourbillon au milieu duquel est lesoleil. Les diverses parties de ce tourbillon se meuvent avec des■vitesses inégales, et entraînent les planètes qui y sont plon-gées, et qui y nagent dans des couches d’une densité égale àla leur. Les planètes qui ont des satellites, sont elles-mêmesplacées au centre d’un tourbillon plus petit qui nage dans legrand. Les corps plongés dans ce petit tourbillon , sont cessatellites , et s’y meuvent suivant les mêmes lois que les pla-nètes principales autour du soleil.
Tel est en peu de mots le système céleste de Descartes : rienn’est plus simple, plus intelligible, et plus satisfaisant du pre-mier abord ; de sorte qu’on ne doit point être surpris que l’idéeen ait extrêmement plu à son auteur, et qu'elle ait même encoreaujourd’hui des partisans qui ayent [reine à s’en détacher. Maisce n’est pas toujours sur ce premier coup-d’œil qu’on doit sodéterminer en faveur d une opinion physique. Il faut qu’unehypothèse satisfasse aux phénomènes; c’est là la pierre de toucheà laquelle il faut l'éprouver; et nous le disons avec regret, cellede Descartes ne soutient pas cette épreuve. Les remarques suivantesVont le montrer.
1°. On sait que les mouvemens des planètes sont elliptiques ;il faut donc (pie les couches des tourbillons le soient aussi. Maisquelle en sera la cause ? Descartes l’attribue à la compressiondes tourbillons voisins. Si cela étoit , il faudroit que tontes lesorbites des planètes fussent alongées du même côté, ce oui n’estpas. Il y a plus , il semble que le soleil devroit occuper le centrecommun de toutes les orbites , et non leurs foyers. Enfin ilest évident que si cet alongement des tourbillons étoit l’effetde la compression latérale des tourbillons voisins , la matièrecéleste qui circuleroit près du centre s’en ressentiroit le moins 5de sorte que l’orbite de Mercure seroit la moins excentriquede toutes. Or c’est tout le contraire , ainsi il est nécessaire derejetter entièrement ce mécanisme.
2 0 . Quoique Descartes 11e s’explique pas positivement sur cequi entretient ce mouvement de tourbillon , il est assez évidentqu’il a pensé , ou que la révolution de la planète centrale enétoit la cause , ou au contraire que ce mouvement étoit celle dela circonvolution de cette planète; mais on va faire voir qu’onne peut dire ni l’un ni l’autre. Ln effet , il est d’abord faciled’appercevoir que toutes les planètes devroient faire leur révo-lution dans l’équateur , ou parallèlement à l’équateur de la pla-nète centrale. Or , on sait qu’il n’y eu a aucune parmi les prin-