DES MATHÉMATIQUES. Part. IV. tir. VI. 3 99
X I.
Pendant que la plupart des géomètres travailloient avec em-pressement à s’instruire du nouveau calcul , il y en eut d’autresqui lui déclarèrent la guerre, et qui firent leurs efforts pour lerenverser. Ce sera peut-être pour quelques esprits un sujet d’é-tonnement que de voir s’élever des querelles dans le sein d’unescience dont la nature devroit l’en rendre exempte. Mais ceuxqui connoissent l’histoire de l’esprit humain , savent qu’il est peud’inventions brillantes qui n’ayent éprouvé des contradictions ,et que souvent la jalousie , secondée d’un peu de prévention ,a élevé contre des nouveautés très-utiles , des hommes assezestimables d’ailleurs. Nous osons dire que quand nous auronsrendu compte de cette querelle , il n’y aura plus que des espritsincapables d’apprécier les objections et les réponses , pour quielle puisse être un sujet de scandale, et un motif de suspecterla certitude de la Géométrie.
Il y eut d’abord des géomètres qui , sans attaquer directementla nouvelle méthode , cherchèrent à en obscurcir le mérite jtel fut entr’antrcs l’abbé de Catelan , Cartésien zélé jusqu’à l’a-doration , et qui s’étoit déjà signalé par une mauvaise querelleintentée à Huygens, au sujet de sa théorie du centre d’oscilla-tion. Cet abbé donna en 1692. un livre intitulé Logistique uni-verselle , & Méthode pour les tangentes , &c. Il y disoit dansun petit avertissement , que cet essai étoit propre à montrerqu’il valoit mieux s’attacher à pousser plus loin les principes deM. Descartes sur la Géométrie , qu’à chercher de nouvellesméthodes. Mais on ne peut guère se refuser à une sorte d’in-dignation , quand on voit que tout ce Traité n’est que le calculdifférentiel déguisé mal-adroitement sous une notation moinscommode et moins avantageuse. Aussi cet auteur ne marche-t-il qu’à travers des embarras sans nombre , et ce qui, traité sui-vant la méthode du calcul différentiel , est clair et ne demandeque quelques lignes , suivant la sienne est obscur , embrouillé ,et occupe des pages entières. D’ailleurs le livre n’est pas sanserreurs , et M. le marquis de l’Hôpital vengea le calcul diffé-rentiel , en les relevant ; ce qui excita une querelle, dont reten-tit à diverses reprises le Journal des Savans, de 1692.
Parmi les adversaires du calcul différentiel , on distingueencore M. Nieuwentiit ; c’étoit un homme qui avoit donnéquelques ouvrages sur la Morale , et sur l’existence de Dieu ,prouvée par ses ouvrages. Il étoit un peu géomètre ; ce fut luiqui entra le premier dans la lice , en publiant un livre où il