DES MATHÉMATIQUES. Part. V. Liv. I. 3 9 3présentent assez naturellement ; telle est celle de la probabilitédes jugemens , et surtout en matière criminelle , où presquepartout une si petite prépondérance pour la condamnationsuflit pour enlever la vie et l’honneur à un innocent; combienen effet l’histoire nous présente-t-elle d’innocens à qui une voixde plus pour l’absolution auroit sauvé la vie. L’humanité ré-clamoit depuis long temps contre cette manière de prononcersur la vie des hommes. Condorcet a suppléé à cet égard JacquesBernoulli , par son Essai sur l’application de L’analyse à laprobabilité des décisions à la pluralité des voix , dont onparlera dans un des articles suivans.
XXXIX.
Nous avons donné la première place aux travaux de Bernoullil’aîné sur cette matière, parce qu’ils sont incontestablement an-térieurs de date à ceux des géomètres dont nous allons parler ,quoique son livre n’ait eu le jour que postérieurement. De Mont-mort et de Moivre, deux excellens analystes, cultivèrent 1 un etl’autre cette théorie avec de nouveaux succès , et on doit leurassocier Nicolas Bernoulli, dont la correspondance avec Mont-mort, insérée dans la seconde édition de son ouvrage, prouveavec quelle sagacité il avoit dès lors pénétré dans tout ce quecette théorie a de plus profond.
Montmort est le premier en date ( 1 ). Le bruit des succès deJacques Bernoulli fut, à ce qu’il raconte, ce qui l’encourageadans la recherche de quelques questions de ce genre , qui luiavoient été proposées, et en ayant trouvé les solutions, il s’é-leva à un grand nombre d’autres , ce qui forma bientôt uneample moisson de vérités curieuses et intéressantes Ce motifet celui de dédommager le public du livre de Bernoulli, dont
(i) Pierre Rcmond de Montmort étoitré en 1678. La lecture de la Recherche<ie la vérité et ses liaisons avec Male-branche lui inspirèrent de bonne heurele goût de la métaphysique et de lagéométrie ; mais cette dernière le sub-jugua bientôt entièrement. Sa théorie dela probabilité fut le champ qu’il s’atta-cha principalement à cultiver. Ce quel’on dit sur ce sujet dans cet articlenous dispense d’entrer ici dans des dé-tails. Il étoit fort lié avec Taylor etMoivre , et iL fit plusieurs voyages enAngleterre pour les voir et pour y ob-server l’éclipse solaire de 171J > qui de-Tome LU.
voit être à Londres totale et centrale.Il aroic commencé à écrire l’histoire dela géométrie, et l’on doit regretter quece qu’il en avoit fait soit perdu. N’ha-bitant pas Paris, il n’avoit pu être reçuà l’académie des sciences que lorsqu’ily eut une nouvelle classe d 'associéslibres , au nombre desquels il fut nomméen 1716. Il mourut en 1719 , victime dela fameuse épidémie de petite vérolequi régna à Paris et qui moissonna im-pitoyablement presque tous ceux qu’elleattaqua. Voyez Hist. de l’Académie ,de 1719.
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