DES MATHÉMATIQUES. Part. V. Liv. II. 43 9le même que si ces rayons venus de l’objet étant trop diver-gens, les pinceaux formés dans l’œil eussent été rencontréspar la rétine avant leur sommet. Cependant on ne laisse pasclans ce dernier cas de juger de la distance. On doit donc de-voir le faire de même dans le premier , quoique les rayons ,loin de diverger d’un point placé au devant de l’œil , conver-gent vers un point au delà ; car là où l’impression sur l’organeest la même , le jugement doit être le même.
Tel est en substance le raisonnement du docteur Berckley.Mais je ne puis dissimuler une difficulté qu’y oppose le doc-teur Smilh ( System . of opticks, ait. i 9, tome 11 ) C’est quesi cette réponse étoit suffisante , dans l’expérience de Barrowl’objet devroit paroître à une distance moindre de l’œil , quecelle à laquelle on commence à voir les objets distinctement.Cependant cela n’arrive pas ; l’objet paroît confus , et semblepasser successivement par toutes les distances moindres quecelles où l'œil nu le jugeroit. Ainsi , dit M. Smith , il fautchercher une autre solution ou un autre principe sur la distanceapparente des objets.
M. brnith a pris ce dernier parti , et voici le principe qu’ilpropose et qu’il tache d’établir ( ibid . et remarcks , art. 178 ).Il pense qu’un objet vu par refraction ou réflection , paroîttoujours à une distance d’autant moindre , qu’il est plus aug-menté; ou, ce qui est la même chose, qu’on le juge à la mêmedistance à laquelle on le jugeroit, s’il paroissoit à l’œil nu dela même grandeur qu’à travers le verre ou dans le miroir.Ainsi, pour rendre ceci sensible par un exemple, lorsqu’à l’aided’un instrument optique on voit l’objet doublé eu grandeur ,il paroîtra rapproché de la moitié. Lors donc que dans l’ex-périence du docteur Barrow on regarde au travers d’un verreconvexe un objet situé au delà de son foyer , l’œil étant toutprès du verre , 011 voit cet objet confusément par les raisonsconnues , mais on le voit sensiblement de la même grandeur ,et conscquemment on le juge à la même distance. Lloigne t onl’œil du verre ? l’apparence de l’objet , quoique de plus enplus confuse, augmente ; et par cette raison il semble approcher ,jusqu’à ce qu’il paroisse tout pr's de l’œil.
Voilà l’expérience du docteur Banow assez heureusementexpliquée, et M. Smith prétend que son principe satisfait demême à toutes les expériences que l’on peut proposer ; maisc’est un point sur lequel je ne saurois être entièrement deson avis. Je conviens qu’un objet vu au travers d’un télescope,paroît d’autant plus rapproche, qu’il est davantage augmenté,et au contraire; mais lorsque je considère un objet au traversd’une simple lentille convexe, ou dans un miroir convexe ou