466 HISTOIRE
dans l’œil , et que si elle n’étoit pas absolument nulle pour lesobjets placés dans l’axe de la vision , elle seroit insupportablepour ceux qui en seroient à trente degrés et plus jusqu’où lavue peut s’étendre. Mais Euler coii vient que l’aberration de sphé-ricité , pourvu qu’elle soit très-petite, ne nuit point à la vision ;pourquoi celle de réfrangibilité, aussi très petite , lui nuiroit-elle ? et u’est il pas, au contraire, plus que probable, que si lenuage produit par la première autour de l’image, est insensibledans le cas supposé, la couronne colorée le sera de même ? Il ya plus: les fibres de l’œil se communiquent l'ebranlement causépar les rayons à une petite distance, d’où il suit que l ébranlementcausé par les différens rayons colorés très-près l’un de l’autre,se confondant, il en résulte l’impression et la sensation d’uneseule couleur. Le même raisonnement subsiste pour les rayonstrès éloignés de l’axe , l’aberration n'est pas plus grande poureux que pour ceux qui sont dans l’axe ;et d’ailleurs si l’aberrationde sphéricité, qui ne peut être détruite entièrement pour ceux-ci , ne nuit pas a la vision, pourquoi celle de réfrangibilité luiferoit-elle obstacle ?
Il n’est pas possible , comme le croit Euler , d’anéantir entiè-rement l’aberration de réfrangibilité. D’Alembert a démontréque quand on parviendroit à anéantir celle des rayons rougeset des violets , il en resteroit encore une petite quantité produitepar les rayons intermédiaires, et il est très-probable que cet in-convénient a lieu dans l’œil comme dans les lunettes , quoiqu’iln’en résulte aucun défaut dans la vision.
Euler croit inutile de chercher à détruire l’aberration desrayons qui ne partent point de l’axe : mais d’Alembert a démontré,en 1762, que cette aberration pouvoit être peu considérable, oumême presque nulle, pour les objets placés dans l’axe , et enproduire une assez considérable pour ceux qui en seroientun peu éloignés , et qu’il faut par conséquent travailler à ladétruire.
Pour démontrer encore mieux qu’il n’est pas nécessaire que lescouleurs soient absolument détruites au fond de l’œil, d’Alembertentreprend de faire voir qu’elles ne peuvent vraisemblablementl’être dans les yeux de certains poissons. L’humeur aqueuse dequelques poissons , dit-il, est très-fluide, leur cornée est très-plate, du moins chez ie plus grand nombre ; toutes circonstancesqui doivent rendre la réfraction dans cette humeur très-peu diffé-rente de celle de l’eau , la figure même presque sphérique deleur cristallin , semble ne leur avoir été donnée que pour suppléerau peu de réfraction de l’humeur aqueuse ; or, en supposanttout ce que nous venons de dire , il est clair que l’aberration deréfrangibilité a lieu dans les yeux de ces animaux j mais le calcul