470 H I S T O I R E
s’ils veulent perfectionner leurs ouvrages. Ainsi (i) pour suivrele fil historique des progrès de la découverte des lunettes achro-matiques , il faut faire connoître les artistes qui se sont le plusdistingués par leurs ouvrages dans ce genre.
La première place doit, sans doute, être donnée au célèbreJean Dollond, dont le nom sera immortalisé par cette décou-verte. 11 commença, dès l’an 17.08, à fabriquer des lunettes dece genre, d'abord à double objectif, qui produisoient un effetsupérieur à des lunettes cinq ou six fois aussi longues ; maisbientôt il en fabriqua à triple objectif d’un effet encore supé-rieur, ce qui porta son nom dans toute l’Europe (2). Une lunettede cinq pieds, construite par lui, fit l’effet d’une lunette ordinairede douze à quinze pieds.
Jean Dollond étant mort en 1761, il a eu dans son fils un suc-cesseur qui a soutenu et même augmenté la réputation de sonpère. On a de lui, depuis l’an 176.5 (5),des lunettes achromatiques,portées à un point singulier de perfection. Telles sont surtoutdeux lunettes à triple objectif, d’environ quarante-trois poucesde foyer, portant une ouverture de trois pouces et un tiers, etqui grossissoient les objets sans aucun effort jusqu’à 144 f°i s endiamètre. On pouvoit même porter ce grossissement jusqu’à 240et 38o fois sans confusion ; ce qui équivaut à une lunette ordi-naire de quarante à cinquante pieds. Les dimensions des sphéri-cités des objectifs de ces deux lunettes méritent d’être remarquées.Elles étoient, en commençant par le plus extérieur, qui étoit deCrown-glass, ainsi que le plus intérieur, dans l’une de 3i5, 45o;235, 315; 320 et 3zo lignes ; dans la seconde 3i5, 4 °° j 1 2 38, v.qo;3 i 6 et 3i6 lignes. Ce même artiste fabriqnoit en même temps depetites lunettes portatives, à l’instar des lorgnettes d’opéra, deneuf pouces de longueur étant développées, au moyen desquelleson voyoit sans peine les satellites de Jupiter (4). Le jour mêmeauquel j’écris cet article ( 3o vendémiaire an IX), les petitesaffiches annonçoient une grande lunette achromatique , faite parDollond , avec laquelle on peut distinguer aisément une personneà deux miriamètres, c’est-à-dire, plus de dix mille toises, ünassure que cette lunette avoit coûté 600 francs, et on l’offre poura5o francs.
Plusieurs autres artistes anglois se sont distingués dans la mêmecarrière que Dollond.
En France, le célèbre artiste, M. Passement, ne tarda pas àmarcher de près sur les traces des artistes anglois , en ce qui
(1) Ici je reprends le manuscrit del’auteur.
(2) J’ai cru devoir ajouter la phrasequi termine cet alinéa.
(3) J’ai ajouté cette date, qui m’a étéfournie par l ’Astronomie de Lalande.
(4) Ce qui termine cet alinéa est del’éditeur.