574 HISTOIRE
auquel le bon œil pointe , le trouve partout dans la direction deson axe optique , sous quelque angle qu’il s’écarte , et soit ainsitant qu’il s’écartera toujours , frappé par une égale quantité delumière. Pour y réussir encore mieux , on peut en même-tempsappliquer au coin du petit œil un petit disque de métal bienpoli, qui en réfléchisse beaucoup sur la rét'ne de cet œil, au casqu’il se tourne trop vers ce coin, il est évident que dans cescirconstances le mauvais œil n’auroit, pour se soustraire auximpressions d’une lumière trop vive qui le fatigue , d’autre res-source, que de diriger son axe optique à l’objet obscur que fixeson bon œil, si la force de la mauvaise habitude prise au berceau,l’en empêchoit d’abord ; l’incommodité d’une sensation désa-gréable qui l’y sollicite puissamment, pourroit l’y amener dansla suite, on pourroit espérer du moins quand on auroit recoursà un tel procédé de bonne heure , et avant que cette mauvaisehabitude se fût trop renforcée, que pratiqué souvent et assidue-inent il rendroit enfin la vue droite.
Dutour compare ce procédé avec celui de couvrir le mauvaisœil dont nous avons fait mention ci-devant. Il faut convenir quele nouveau est moins simple , qu’il exige plus de gêne de lapart du strabite , et qu’il ne sauroit être continué long-temps desuite et sans de fréquentes interruptions : mais en revanche ilparoît avoir des avantages qui l’emportent sur ceux dont l’ancienest susceptible. En effet, le nouveau procédé sollicite le mauvaisœil à porterson axe optique sur le même objet où pointe le bonœil, et il l’y sollicite en raison du soulagement que cet œil enreçoit, et qu’il ne peut alors se procurer que par-là. Ainsi ceprocédé tend directement et immédiatement à rendre la vuedroite, au lieu que l’ancien se borne à ne pas empêcher les deuxaxes optiques de se porter sur le même objet , il ne les y déter-mine pas par lui-même ; le bon œil, en ce qu’il est couvert, n’estcertainement pas sollicité par-là à donner à son axe optique unedirection correspondante à celle de l’axe du mauvais œil; la causequi les faisoit diverger auparavant, est seulement suspendue , etla disposition qu’ils peuvent avoir à diverger , n’en est pas com-battue ; si l’expérience apprend que ce procédé est quelquefoissuivi du succès qu’on se propose , Dutour l’attribue à ce qu’il asuffi pour rétablir la correspondance originaire des muscles desyeux , qu’elle cessât pendant quelque temps d’être contrariée.Mais aussi combien plus promptement et plus complètement ne6e doit-elle pas rétablir par l’usage d’un procédé qui est capablede l’y aider encore par lui-même ! Il est donc naturel de penserqu’on peut attendre beaucoup plus du nouveau procédé que del’ancien ; il est fâcheux qu’il soit d’une pratique moins com-mode , mais si des épreuves bien conduites décidoient que ce