Band 
Tome I.
Seite
70
JPEG-Download
 

70

PREMIERE PARUE.

CHAPITRE II.

Relativement à la valeur d’échange, je dois vous faire remarquer deuxcirconstances qui ne manqueraient pas de se présenter plus lard à votreesprit, et qui alors pourraient à vos yeux jeter du louche sur certainesdémonstrations. Il vaut mieux être prévenu là-dessus ; il vaut mieux con-naître d’avance, sous toutes ses faces, l’objet qu’on étudie, parce que lorsqu’ilse présente de nouveau à nos spéculations, sous un aspect un peu différentde celui où nous l’avions vu d’abord, nous ne laissons pas de reconnaîtreson identité. Ne faut-il pas d’ailleurs que nous connaissions toutes les dif-férentes propriétés des choses, pour savoir comment elles agissent dansles phénomènes où elles jouent un rôle ?

La valeur d’une chose est une quantité positive, mais elle ne l’est quepour un instant donné. Sa nature est d’être perpétuellement variable, dechanger d’un lieu à l’autre, d’un temps à l’autre. Rien ne peut la fixer inva-riablement, parce qu’elle est fondée, ainsi que vous le verrez plus tard,sur des besoins et des moyens de production qui varient à chaque minute.Cette variabilité complique les phénomènes de l’économie politique ; elleles rend souvent fort difficiles à observer et à résoudre. Je ne saurais yporter remède. Il n’est pas en notre pouvoir de changer la nature deschoses. Il faut les étudier telles qu’elles sont. Renonçons-nous à l’élude dela physique lorsque nous nous apercevons que l’électricité se comporte dediverses façons, selon les corps et selon les situations? non ; nous cherchonsà la suivre dans ses diverses altérations. Étudions de même la valeur :nous ne la trouverons peut-être pas beaucoup plus fugitive que l'élec-tricité.

La seconde circonstance à remarquerrelativement à la valeur des choses,est l’impossibilité d’apprécier sa grandeur absolue. Elle n’est jamais quecomparative. Quand je dis qu’une maison que je désigne vaut 50,001) fr.,je n’affirme autre chose sinon que la valeur de cette maison est égale àcelle d’une somme de 50,000 francs ; mais qu’est-ce que la valeur de cettesomme? Ce n’est point une valeur existante par elle-même et abstractionfaite de toute comparaison. La valeur d’un franc, de 5 francs, de 50 millefrancs, se compose de toutes les choses que l’on peut avoir pour ces diffé-rentes sommes. Si l’on peut, en les donnant en échange, avoir une plusgrande quantité de blé, de sucre, etc., elles valent plus relativement à cesdenrées; si l’on peut en avoir moins, elles valent moins; car la valeur d’unesomme d’argent, comme toutes les autres valeurs, se mesure par la quan-tité des choses (pie l’on peut obtenir en échange.

II en est de l’idée de la valeur comme de l’idée de la distance. Nous ne