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PREMIERE PARTIE. - CHAPITRE IV.
l’indigo et d’autres drogues, n’exerce-t-il pas une industrie analogue àcelle du cultivateur cjui, suivant les procédés de son art, mélange de l’eau,des engrais, des sucs que lui fournissent la terre et les airs ? Le teinturierfavorise ses combinaisons à l’aide de la chaleur d’un fourneau ; le cultiva-teur se sert de la chaleur du soleil. Le teinturier confie son étoffe à sachaudière, comme le cultivateur confie ses semences à son champ. Enfinl’un comme l’autre retirent de leurs opérations des matières qui valentplus que lorsqu’elles y sont entrées.
La technologie, ou description des arts et métiers, considère l’art enlui-même, étudie ses moyens, perfectionne ses procédés ; l’économie po-litique considère l’industrie dans ses rapports avec les intérêts de ceuxqui la cultivent, et avec les intérêts de la société. C’est elle qui nous dé-couvre quelle est la véritable mine qui répand ses richesses dans l’uni-vers. C’est par le moyen de l’industrie que deux livres de laine de 4 fr.deviennent une aune de drap de 40 francs. Calculez, si vous pouvez , lesvaleurs ainsi créées par l’industrie sur la surface d’un vaste pays biencultivé ; sur ses navires, sur ses canaux, sur ses routes ; dans ses ateliers,dans ses boutiques, dans l’intérieur de ses maisons, et jusque dans sesgaletas !
Pour faire d’un semblable calcul un essai, entre mille, et avec le degréd’approximation dont ces matières sont susceptibles, essayons, par plaisir,de compter la valeur créée par une seule profession, par une des plus mo-destes, celle qui s’occupe exclusivement de nos chaussures.
On croit que la France actuelle contient 32 millions d’habitants. Sup-posons qu’un quart de ses habitants ne mettent jamais de souliers ; ce quiparaîtra bien fort à nos provinces du Nord, où l’on ne connaît pas les sa-bots , et où personne ne va les pieds nus. 11 restera 24 millions de per-sonnes, petites ou grandes, hommes ou femmes, qui portent des souliers.Admettons encore qu’elles en usent, le fort portant le faible, 4 pairesdans l’année. Si cette évaluation est trop forte pour certaines chaussuresarmées d’une respectable cuirasse de fer, elle paraîtra faible pour ceuxqui portent des souliers plus légers et qui en changent plus d’une fois parmois. Voilà donc 96 millions de paires de souliers que la France doitproduire chaque année ; car je ne pense pas qu’elle en reçoive de l’étrangeraucune quantité qui soit digne d’entrer en ligne de compte.
Ce n’est pas tout. La France fournit des souliers aux étrangers qui sé-journent chez elle; elle en envoie quelque peu en Angleterre. Elle enenvoie dans presque toutes les colonies, surtout des souliers de femmes,