1)E LA PRODUCTION DES RICHESSES.
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aux Etats-Unis de l’Amérique, et jusqu’aux grandes Indes. Si nous com-1 prenons dans la fourniture de souliers, les bottes et tous les genres dechaussures, même les souliers de satin brodé que nous envoyons auxdames noires d’Haïti, nous pouvons porter la confection totale des chaus-sures qui résultent de ce genre d’industrie, à cent millions de paires.
Je ne crois pas exagérer en estimant que, dans chaque paire, le cordon-nier augmente la valeur de son cuir et de sou étoffe de 3 francs; et voicisur quoi je me fonde. Il faut être habile ouvrier pour faire une paire endeux jours ; et un ouvrier de métier ne gagne pas moins de 30 sous parjour, même dans nos provinces reculées. 11 gagne bien davantage dansbeaucoup d’endroits, surtout dans les villes ; mais aussi il y a des chaus-sures dont la façon est fort simple. 11 faut que les unes compensent lesautres.
Cent millions de paires à 3 francs font 300 millions. Voilà donc une va-leur égale à celle qui réside dans 300 millions de nos francs, ou ce qui re-vient au même, dans 1 million 230 mille kilogrammes d’argent, laquelleg valeur se trouve annuellement produite et répandue dans la société part les seuls cordonniers de France ; car je ne vous ai point parlé des valeurs| produites par le tanneur, par le chamoiseur, par le fabricant d’étoffes, de| rubans, etc., qui ont fourni aussi des matières premières aux cordonniers.
Or, quelle valeur eu or et en argent pensez-vous que produise l’Amé-rique entière, c’est-à-dire, les mines réunies du Pérou, du Brésil et duMexique? Suivant l’auteur auquel on accorde le plus de confiance sur cesmatières, le Nouveau-Monde au commencement du siècle fournissait an-I nuellement :
17,000 kilogrammes en or,et 800,000 -en argent
valant en somme ronde 234 millions ; tandis que les seuls cordonniers deFrance produisent annuellement 300 millions de francs ! Si vous croyezle calcul exagéré, diminuez-en ce qu’il vous plaira. Il nous restera tou-jours une assez belle idée de ce que produisent les mille professions quicomposent la société. C’est faire injure à l’industrie de la vieille Europe,que de la comparer aux mines du Pérou.
Et qu’on ne s’imagine pas que la valeur qui est dans l’argent que four-nissent les mines, soit une valeur plus précieuse que la valeur qui résidedans des chaussures. L’un et l’autre équivaut à ce qu’elle peut acheter; si
' Ht Mfsoun, Essai politique sur la Nouvelle Espagne, tome IV, p. 218