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Tome I.
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PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE IV.

huit francs en argent valaient plus que huit francs en souliers, trouverait-on des acheteurs américains qui voulussent donner huit francs en métalpour obtenir huit francs en marchandise?

Bien des gens s’imaginent que la valeur de 8 francs en métal est supé-rieure à celle de 8 francs en marchandise, parce qu’elle est plus durable etsert dans une multitude d’échanges successivement; mais une valeur nese multiplie pas en changeant de mains, pas plus qu’une partie de café dedix mille francs ne vient à valoir cent mille francs après avoir été venduedix fois. L’argent des mines n’est produit qu’une fois, de même que leschaussures ; il procure une fois des profits aux personnes qui l’ont tiré dela mine, affiné, frappé ; mais passé le moment de cette première production,il ne procure plus de nouveaux profits et ne met pas un sou de valeur dansle monde. On ne peut l’acquérir qu’en donnant en échange de nouveauxproduits; ce sont alors ces nouveaux produits qui donnent des bénéfices,et non plus le métal que l’on acquiert par leur moyen. Non, messieurs,et la suite vous le prouvera de reste, la plus riche mine du Mexique, enmettant dans la circulution 30 millions en argent cette année, ne les y metpas plus d’une fois ; et si elle produit 30 nouveaux millions l’année pro-chaine, c’est parce qu’elle y verse de nouveau métal : l’ancien ne procureaujourd’hui aucune nouvelle valeur.

Quand je vous ai dit que c’est l’utilité des produits qui en fait la valeur,vous avez dû comprendre que je donnais à ce mot utilité la significationla plus étendue. Si l’on me disait que la garance, l’indigo, l’alun, ne sontpropres à satisfaire directement aucun de nos besoins, que nous ne pou-vons nous en servir ni comme d’une nourriture, ni en guise d’ornement, etque néanmoins ces matières ont de la valeur; je répondrais qu’elles sontutiles au teinturier ; qu’il en fait usage pour teindre ses étoffes ; qu’ellesservent à colorer les vêlements que nous portons, el que leur utilité,quoique ayant besoin d’être jointe à l’utilité des étoffes, n’en est pas moinsréelle.

Le foin, le fourrage, ne sont point immédiatement à notre usage ; maisces denrées ont pour nous le mérite de nourrir les animaux qui nousservent.

C’est cette utilité indirecte et médiate, qui fait la valeur des effets decommerce, des contrats de rente, qui par eux-mêmes ne servent à rien,mais procurent ce qui peut servir. C’est elle qui fait la valeur d’une terrelabourable. La terre labourable ne nous sert pas directement, mais ellesert à nous procurer du blé qui est d’un grand usage.