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Tome I.
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PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VE

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venant à manquer, on méconnaitrail peu à peu les lois de la nature ; onperdrait l’explication des faits les plus simples, sans qu’on eût aucun moyenpour la retrouver ; les méthodes dégénéreraient graduellement, en passantd’une main grossière dans une autre main grossière, parce qu’elles cesse-raient d’être perpétuellement rectifiées par les principes scientifiques quileur servent de base.

Ce n’est point une supposition gratuite. Certains procédés se sont perduspendant la barbarie du moyen-âge, et il a fallu les découvrir de nouveau.11 y a même quelques restes de l’art antique qui existent sans que noussachions comment on a pu les exécuter ; des ciments inaltérables; de cer-;taines peintures à fresque, retrouvées à Tlièbes en Égypte, sans aucuneialtération dans les couleurs, après une durée de trois mille ans ; des obé-!lisques immenses d’une seule pièce, taillés, transportés et dressés, sansique nous puissions deviner comment on s’y est pris pour y parvenir. Nous iéchouerions si nous tentions actuellement d’incendier les vaisseaux enne-imis par un feu qui brûlait dans l’eau, comme on y parvenait au moyen dufeu grégeois; et je doute qu’un de nos ingénieurs entreprît, avec des;miroirs, de mettre le feu à une flotte qui viendrait assiéger Marseille oule Havre, comme Archimède lit à Syracuse.

Je conviens que les découvertes de nos sciences ont été si importantes,les progrès de nos arts si rapides dans d’autres routes, que nous avons;bien vite, en dépit de quelques perles, excédé de beaucoup l’industrie des;anciens. Si les plus éclairés d’entre eux, si Archimède ou Pline se prome-’liaient dans une de nos villes modernes, ils se croiraient environnés demiracles. L’abondance de nos cristaux, la grandeur et la multiplicité denos miroirs, nos horloges publiques, la variété de nos étoffes, nos ponts;de fer, nos machines de guerre, nos bâtiments de mer, notre gaz lumineux,toutes choses dont ils 11e pouvaient avoir aucune idée, les surprendraientau dernier point. Ils 11e parviendraient jamais à s’expliquer comment ona pu s’y prendre pour produire ces résultats ; et lorsqu’ils entreraient dansnos ateliers, une foule de procédés de détail exciteraient en eux un éton-inement continuel.

Mais, si les sciences se perdaient, tout le reste se perdrait par degrés.Bientôt les mêmes besoins ne pourraient plus être satisfaits pour le mêmeprix. L’avantage de les consommer serait successivement ravi, tantôt à uneclasse de citoyens, tantôt à une autre; cette quantité d’utilités qui, ens’échangeant les unes contre les autres, font la vie du corps social, dispa-iraîtraient par degrés, et l’on retomberait dans la barbarie.