Band 
Tome I.
Seite
94
JPEG-Download
 

PREMIÈRE PARTIE.

CHAPITRE VI.

fU

Vous voyez, que la production sc compose non-seulement de la scienceou des notions, mais en outre de l’application de ces notions aux besoinsde l’homme. Je sais que le fer peut se forger, se modeler, par l’action dufeu et du marteau ; voilà la science. Quel parti puis-je tirer de ces con-naissances pour créer un produit, dont l’utilité soit telle que le prix qu’ony mettra soit suffisant pour m’indemniser de mes déboursés et de mespeines? Voilà ce qu’enseigne l’art de l’application.

Celte application exige une certaine combinaison intellectuelle ; car ils’agit d’apprécier, non-seulement les besoins physiques de l’homme, maissa constitution morale, c’est-à-dire, ses mœurs, ses habitudes, ses goûts,le degré de civilisation dont il jouit, la religion qu’il professe ; car toutesces choses influent sur ses besoins, et par conséquent sur les sacrificesauxquels il se résoudra pour les satisfaire.

Or,cet art de l’application, qui forme une partie si essentielle de la pro->duction, est l’occupation d’une classe d’hommes que nous appelons entre-preneurs d’industrie. Un horloger est un entrepreneur d’industrie, qui ajugé que les hommes, avec nos usages civils, où les occupations, les repas,les plaisirs, sont réglés par le moment où Ton est de la journée, que leshommes, dis-je, de notre climat et de notre nation, ont besoin d’horlogeset de montres ; ou, s’ils en ont déjà, qu’ils n’en ont point assez pour rem-placer la consommation qui s’en fait, ou pour subvenir aux besoins d’unepopulation devenue plus nombreuse ou plus riche ; il juge pour l’ordinairedes besoins par le prix que les choses acquièrent en vertu de la demande ;il s’est instruit des connaissances nécessaires pour l’exercice de son art ;il a réuni tous les moyens d’exécution que cet art exige, et il a fait ou faitfaire les utiles produits que nous nommons des pendules ou des montres.

Un entrepreneur d’industrie ne peut pas exécuter seul toutes les opé-rations d’un art, quelquefois très compliqué, et qui exige souvent le se-cours de beaucoup de bras et un talent d’exécution qui ne peut être lefruit que d’une longue habitude. C’est en cela que consiste la tâche dusimple ouvrier. L’entrepreneur met à profit les facultés les plus relevéeset les plus humbles de l’humanité. Il reçoit les directions du savant et illes transmet à l’ouvrier.

Les travaux de l’ouvrier se composent, soit du simple emploi de sesforces musculaires, ou de cet emploi de forces dirigé par son intelligenceet par l’adresse qui naît de l’exercice, et qui constitue ce qu’on appelle letalent de l’ouvrier. Le talent n’entre pour rien dans le travail du simplemanouvrier, de l’homme de peine qui exécute les travaux pour lesquels il