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Tome I.
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PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE VI.

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fourni leurs travaux à ces diverses entreprises, peuvent être considéréscomme des ouvriers dont les travaux y ont coopéré.

Dans les divers états d’avancement des sociétés, vous retrouvez cesmêmes opérations, mais plus grossières et appliquées à d’autres besoins.Le Tartare nomade qui promène sa tente et ses troupeaux, n’a-t-il pas desconnaissances vétérinaires assez étendues qui lui montrent quels sont lessoins que requièrent ses chameaux, ses chevaux, ses brebis? Il a des con-naissances en histoire naturelle, puisqu’il peut vous dire quelles sont lesqualités des différents pâturages et les expositions où on les trouve. Il amême des connaissances géographiques et astronomiques qui le guident.

Toutes ces connaissances lui servent à diriger sa tribu et à multiplierses richesses. Il est même manufacturier ; puisqu’il fait ou fait faire l’étoffede ses tentes et de ses habits, ses chariots, l’équipement de ses bêtes desomme et de trait, et même des fromages et des liqueurs fermentées.

Enfin, ses serviteurs et ses agents ne représentent-ils pas la classe ou-vrière en exécutant le travail manuel indiqué par les connaissances ré-pandues chez ce peuple, et appliquées par le chef de la tribu, qui n’estautre qu’un entrepreneur d’industrie à la mode du pays?

Jusque chez les sauvages même, il y a quelques arts qui réclamenttoutes les mêmes opérations. Ils ont des armes, des filets à prendre dupoisson, des ornements, qui supposent quelques connaissances des pro-priétés des corps et des lois de la physique. Il a fallu qu’ils fissent une ap-plication de ces connaissances à leurs besoins, et ils déploient une adressed’exécution qui étonne souvent les voyageurs. Dans la poursuite de leurproie, il y a une intelligence quelquefois fort extraordinaire. Ils auraientappris à Buffon bien des faits curieux sur l’iustinct des animaux. lissemoquent des Européens qui, dans l’épaisseur des forêts et par un tempscouvert, ne savent quelquefois ni l’heure du jour, ni la situation des quatre ;points cardinaux. L’inspection d’un tronc d’arbre et des lichens qui s’ytrouvent, leur indique tout de suite de quel côté est le midi ou le levant,et guide leur marche.

En fait de connaissahces scientifiques, il n’y a de différence entre les'hommes que du plus au moins. Le plus ignorant est moins savant qu’unautre ; et, quand nous considérons tout ce qui nous reste à apprendredans presque tous les genres, nous sommes forcés de convenir que leplus savant d’entre nous n’est que le moins ignorant. Il n’y a pas unmembre de l’Académie des sciences qui ne pût recueillir quelques notions)précieuses chez un pâtre grossier.