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PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE VIII.
moins que, sur un bien petit fonds, on peut exercer une bien grande in-dustrie, pourvu qu’on ait un gros capital.
On a tiré de là cette conséquence, c’est que l’industrie d’une nationn’est point bornée par l’étendue de son territoire, mais bien par l’étenduede ses capitaux.
Un fabricant de bas, avec un capital que je suppose égal à vingt millefrancs, peut avoir sans cesse en activité dix métiers à faire des bas. S’ilparvient à avoir un capital de quarante mille li anes, il pourra mettre enactivité vingt métiers; c’est-à-dire qu’il pourra acheter dix métiers deplus, payer un loyer double, se procurer une double quantité de soie oude colon propres à être ouvrés, faire les avances qu’exige l’entretien d’unnombre double d’ouvriers, etc., etc.
Toutefois, la partie de l’industrie agricole qui s’applique à la culture desterres, est nécessairement bornée par l’étendue du territoire. Les parti-culiers et les nations ne peuvent rendre leur territoire ni plus étendu, niplus fécond que la nature n’a voulu ; mais ils peuvent sans cesse augmen-ter leur capitaux, par conséquent étendre presque indéfiniment leur in-dustrie manufacturière et commerciale, et, par là, multiplier des produitsqui sont aussi des richesses.
On voit des peuples, comme les Genevois, dont le territoire ne produitpas la dixième partie de ce qui est nécessaire à leur subsistance, vivrenéanmoins dans l’abondance. L’aisance habite dans les gorges infertilesdu Jura, près de Neufchâtel, parce qu’on y exerce plusieurs arts méca-niques. Au treizième siècle, on vit la république de Venise, n’ayant pasencore un pouce de terre en Italie, devenir assez riche, par son commerce,pour conquérir la Dalmatie, la plupart des îles de la Grèce et Constanti-nople. L’étendue et la fertilité du territoire d’une nation tiennent au bon-heur de sa position. Son industrie et ses capitaux tiennent à sa conduite,ainsi que je m’engage à vous le démontrer. Toujours il dépend d’elle deperfeclionnner l’une et d’accroître les autres.
Je viens de vous décrire, messieurs, les fonds desquels sortent tous lesproduits qui font subsister la société. Ces fonds, par une distribution quenous examinerons plus tard, se trouvent inégalement répartis entre lesmains des divers individus dont l’ensemble forme une nation. C’est ce quicompose leur fortune, et l’ensemble de toutes ces fortunes compose la for-tune nationale, la richesse publique.
Les produits qui sortent de ces fonds composent les revenus des parti-culiers, dont l’ensemble fait le revenu national.
Pour résumer, je vous prierai de relenir que :