NATURE ET EMPLOI DES CAPITAUX.
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des exemples. Je vois un traiteur qui ramène de la halle des charges delégumes, de beurre, de poisson. Il a transformé une partie de son capitalen toutes ces denrées qu’il va bientôt transformer en toutes sortes de mets;il transforme une autre partie de son capital en gages pour ses cuisiniers,qui sont les ouvriers de sa manufacture ; et toutes ces portions du capitallui rentreront avec profit, par l’échange qu’il fera de ses mets contre l’ar-gent de ses pratiques, lequel sera changé demain en d’autres provisions,et ainsi de suite, à perpétuité.
Si nous portons nos regards plus au loin, nous voyons des capitauxcourir le monde sous mille formes; aller en Amérique en objets demode, en étoffes, en livres ; en revenir sous forme de sucre brut ; cesucre mis en pains, nos capitaux sous cette forme passent en Suisse, d’oùils reviennent sous la forme de fromages, de mouvements de montres.Nous pouvons considérer les marchandises que nous avons envoyées audehors comme consommées reproduclivemcnt, et celles qui sont revenuescomme de nouveaux produits qui nous ont remboursé cette avance. Avecla même valeur capitale, on peut, recommencer des opérations pareilles,ou d’autres, défricher des terres, élever des maisons, etc.
Vous voyez, messieurs, qu’un capital appartenant à un Français peut,parcourir la terre sans cesser d’appartenir à la France. Il peut même sefixer dans l’étranger sans cesser d’être un capital français, si son proprié-taire continue d’appartenir à la France. Qui nous empêche de supposerque le négociant qui a fait des envois en Amérique, a donné ordre d’enadresser les retours à Londres ; et qu’ensuite, il a donné l’ordre à soncorrespondant de Londres d’en employer le montant dans les fonds pu-blics d’Angleterre? Cette portion de richesse ne devient point par là uneportion des richesses de l’Angleterre ; elle reste un capital français, tel-lement français, que c’est la France qui en touche les intérêts et qui enfait revenir le principal, du moment que son propriétaire le désire.
Malgré tant de formes diverses affectées par les capitaux, malgré tantde voyages auxquels ils sont exposés, d’où vient cette habitude enracinéede ne considérer comme un capital qu’une somme d’écus, et, comme lescapitaux d’un pays, que les écus qui s’y trouvent? Cela vient sans doutede l’usage où Ton est, chaque fois que Ton veut commencer une entreprise,de transformer par des échanges (qu’on appelle vulgairement des ventes)les valeurs capitales dont on peut disposer, en une somme de numéraire;parce qu’ensuite, au moment de commencer l’opération, si Ton a son