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Tome I.
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PREMIÈRE PARTIE.

CHAPITRE X.

étoffe entre les mains du consommateur. Si un droguiste ne vendait pasà crédit au teinturier, et si le teinturier, en vertu de cette facilité, ne tei-gnait pas à crédit pour le fabricant d’étoffes, celui-ci, faute d’avances, se-rait peut-être forcé de suspendre sa fabrication jusqu’à ce que ses premiersproduits fussent écoulés ; d’où il résulterait que la portion de son capitalqui est en marchandises à moitié manufacturées, en métiers, en ateliers,chômerait en tout ou en partie. Ce crédit empêche les pertes de tempsd’avoir lieu ; mais vous voyez qu’il consiste, dans ce cas-ci, en une avancede drogues, qui sont matérielles, jusqu’au moment où elles seront maté-riellement payées. Il n’y a pas là-dedans multiplication de capitaux ; il n’ya qu’un emploi plus constant de ceux qui existent.

C’est seulement sous ce rapport qu’il est désirable, qu’il est heureuxpour la société, que le crédit soit généralemeut répandu ; mais il y a unesituation plus favorable encore : c’est celle où personne n’a besoin decrédit, où chacun dans sa profession a su amasser assez de capital poursubvenir sans emprunter aux avances que sa profession exige. Je dis quecelte situation est la plus favorable en général, parce que la nécessité defaire des emprunts et d’obtenir du terme est toujours fâcheuse pour ceuxqui sont obligés d’y avoir recours ; elle force les industrieux à des sacri-fices qui sont une augmentation des frais de production ; elle expose lescapitalistes à des pertes non méritées, et élève le taux de l’intérêt. Il vautmieux, chaque fois que la chose est possible, travailler avec ses proprescapitaux.

C’est ainsi, messieurs, qu’une exacte représentation de la nature deschoses vous met à portée déjuger les opinions vulgaires qui n’ont au-cun fondement, et d’apprécier convenablement les avantages auxquelson peut prétendre, aussi bien que ceux sur lesquels on ne doit pascompter.

Aussitôt que les avances faites en faveur d’une production sont rem-boursées par la réalisation du produit qui en est résulté, on peut les em-ployer de nouveau ; de sorte que le même capital sert souvent à plusieursproductions dans la même année. Un boulanger peut acheter jour par jourla farine dont il fait son pain et le bois dont il chauffe son four ; et il peutvendre son pain jour par jour aussi. Cette portion de son capital est alorsavancée 365 fois par an, et elle rentre autant de fois. Dans l’art du raffi-neur, il faut, pour mettre en pains du sucre brut, environ deux mois. Leraffineur est donc obligé, pour compléter son opération productive, defaire une avance de deux mois pour le moins de la valeur de sa matière