14'2
PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE XI.
que 30 mille francs, ce propriétaire a consommé, non-seulement le ser-vice de 40 mille francs, mais encore 10 mille francs sur le fonds même dece capital.
Il y a des capitaux productifs d’utilité et d’agrément qui appartiennentau public, comme les édifices publics, les ponts, les grandes routes. Lepublic consomme journellement le produit immatériel de ces valeurs ca-pitales ; c’est-à-dire l’utilité et l’agrément qu’on en peut tirer.
Je dis qu’il en consomme le produit immatériel, bien qu’un édificepublic, un pont, soient des produits très matériels ; mais ce sont des pro-duits qui sont devenus des capitaux, et que l’on ne consomme pas eux-mêmes s’ils conservent toujours leur valeur. On consomme seulement leservice qu’ils peuvent rendre, service dont la valeur est représentée parl’intérêt des fonds que leur établissement a coûtés.
Telle est, messieurs, la revue que l’on peut faire de tous les capitauxproductifs. Leur ensemble compose le capital d’une nation. Quand onporte à 10 ou 20 milliards le capital de tel on tel pays, on ne prétend pasqu’il y ait 10 ou 20 milliards en numéraire : il n’y a aucune nation qui soitdans ce cas. On veut dire seulement que si chaque portion du capital na-tional était successivement évaluée en numéraire, le montant de toutes cesévaluations additionnées s’élèverait à une valeur égale à celle qu’auraient10 ou 20 milliards. Encore n’aurait-on pas une juste idée de celte sommede valeurs,, si l’on ne prenait soin de spécifier l’époque et le lieu de l’éva-luation ; car le numéraire d’un lieu ou d’une époque vaut plus ou moinsque celui d’un autre temps et d’un autre endroit.
Il est prodigieusement difficile d’évaluer, je ne dis pas approximative-ment, mais même vaguement, le capital d’une nation. Pour concevoircette difficulté, parcourez en idée une rue, celle que vous connaissez lemieux, et essayez d’évaluer le capital productif de chacun de ses habi-tants , à mesure que vous passez devant son habitation. Celui-ci est unépicier-droguiste : à combien se montent les marchandises de son ma-gasin ? celles qu’il a vendues à crédit? celles qui lui appartiennent et quisont encore dans les ports de mer ou sur les routes? Qu’est-ce que peutvaloir son mobilier? son ménage? Que doit-il là-dessus? car ce qu’il doitfait partie du capital de ses créanciers.
Dans la même maison, se trouve un médecin auquel sa pratique vautun bon revenu, mais qui n’a point de fonds placés. Tout son capital estdans son talent. Qui se chargera de l’évaluer?
Au-dessus du médecin habite un petit fabricant en bijouterie. Il possède