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Tome I.
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PREMIERE PARTIE. - CHAPITRE XII.

Ces deux termes, capitaux improductifs , semblent contradictoires ; ilsdevraient s’exclure l’un l’autre, car des valeurs improductives ne sont pasdes capitaux. Aussi désigne-t-on sous ce nom des valeurs qui, si elles neproduisent pas actuellement, auraient pu ou pourraient encore être con-sacrées à la production ; elles ne sont pas vouées à une consommationstérile, c’est-à-dire à la destruction ; elles sont même souvent destinées àproduire plus tard : voilà ce qui leur vaut la dénomination de capitaux.

Ainsi, quand un homme a liquidé ses affaires, ou une affaire, quand ila ses sommes toutes prêtes pour en recommencer une autre, ou pour lesconfier à des personnes en état de les faire valoir, ces sommes demeurentoisives jusqu’au moment d’être employées : elles sont pendant cet inter-valle un capital improductif.

De même, les sommes qui attendent dans les caisses des négociants lemoment de satisfaire à des paiements prévus ou imprévus, sont, au moinsdans ces instants-là, des capitaux improductifs. Mais ce ne sont pas seu-lement les valeurs en numéraire qui méritent ce nom : c’est toute espècede valeur (à quelque substance qu’elle se trouve attachée) qui attend lemoment de recevoir une nouvelle façon productive, si elle n’est pas unproduit complet ; ou qui attend un consommateur, si elle est un produitachevé.

Ainsi, lorsque par la disette des matières colorantes, ou par le défautd’ouvriers, ou par un manque de fonds, des étoffes destinées à recevoirune teinture restent sans teinture ; ou bien, lorsque, étant achevées, ellesattendent le chaland dans un magasin, elles sont un capital oisif, impro-ductif, pour le moment.

II faut en dire autant des métiers et des machines qui se trouvent ar-rêtés, soit par le défaut d’ouvrage, ou par des réparations, ou enfin par ledéfaut de demande. C’est un malheur qui arrive fréquemment aux capi-taux engagés, parce que n’étant propres qu’à une seule production, siquelque accident arrête cette production, ou la rend désavantageuse, toutcapital qui n’est propre qu’à cela demeure alors nécessairement oisif.Cette considération doit rendre les entrepreneurs très circonspects chaquefois qu’il s’agit d 'engager leurs capitaux. Dans l’industrie commerciale, oùil y a peu de capitaux engagés, une marchandise qui ne se vend pas bien,se vend toujours, dut-on y perdre une fois ; et lorsqu’on a subi cette perte,on évite qu’elle se renouvelle ; mais avec une machine, ou une usine quin’est capable de produire qu’une seule espèce de marchandise, si la ventede cette marchandise ne va pas, on n’en peut pas fabriquer une autre. Il