DE LA FORMATION DES CAPITAUX.
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Toute épargne est difficile pour la plupart des producteurs ; car les pro-ducteurs ne peuvent épargner que la portion de leurs profits qui excèdece qui leur est nécessaire pour vivre, eux et leur famille, selon leurs ha-bitudes et les mœurs du pays ; car, encore une fois, les valeurs qui serventà nous faire vivre, ne servent pas à donner de nouveaux produits Lors-qu’un genre d’industrie est avantageux et donne d’assez gros profits pourque ceux qui s’en occupent puissent en épargner une partie, la concur-rence s’y précipite et les réduit. Des procédés secrets, des monopoles,des positions singulièrement avanlageuses, sont des cas exceptionnels.Ainsi, s’il se fait d’assez fortes accumulations parmi la classe industrieusedes nations, elles secomposentplulôld’une multitude de petites épargnes,que d’un petit nombre de grandes.
Dans la classe des capitalistes et des propriétaires fonciers, c’est un peudifférent. Les personnes qui ont de gros capitaux, ou des terres fort con-sidérables, peuvent, chaque année, si elles ont des besoins modérés, mettrede côté des sommes importantes. Mais ces personnes sont toujours enpetit nombre, et pour le gros des nations les accumulations sont toujourslentes et difficiles. Elles sont l’ouvrage des années; mais quand la nationest active et économe, les années portent un fruit assuré.
Quand aux accumulations qui sont faites à la faveur des gains abusifsréalisés par des fournisseurs, par des traitants, ou par suite des sinécureset des faveurs particulières accordées aux dépens du public, elles res-semblent à toutes les fortunes qui sont le fruit de la spoliation. Ce ne sontpoint leurs profits annuels que les accumulateurs ajoutent à leurs capitaux :c’est une part des profits des véritables producteurs qui est donnée gra-tuitement à des gens qui n’y ont aucun droit légitime ; mais cette part estsusceptible d’accumulation comme si elle était le fruit de l’industrie oudes fonds productifs de l’accumulateur.
La faculté d’amasser des capitaux excède l’intelligence des animaux.C’est un des privilèges de l’homme. Tout capital est un instrument de pro-duction. Ce que les abeilles, ce que les fourmis amassent, sont des provi-sions, et non pas des instruments. Lorsqu’elles ont formé des magasins
On verra plus loin, dans cet ouvrage, que ce ne sont pas les consommationsdes chefs d’entreprises, ni de leurs ouvriers, qui sont productives. Le travail desindustrieux seul est consommé reproduclivement. Les choses de leur entretienle sont improductivement.