DE LA DIVISION I)U TRAVAIL.
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Le même raisonnement peut s’appliquer à beaucoup d’autres cas où l’er-reur de calcul ne paraît pas tout-à-fait si ridicule sans être moins réelle.C’est surtout la façon que donne l’industrie commerciale que l’on chercheà suppléer. L’industrie commerciale, ne faisant en général que transporterles produits, ou les diviser pour les mettre à la portée du consommateur,chacun, sans être négociant par état, se croit volontiers le talent et lesmoyens de suppléer à l’espèce de façon que donne un négociant à unemarchandise. Tantôt on fait venir la marchandise du lieu où elle croît ;tantôt on l’achète d’un marchand en gros, afin de faire le bénéfice du mar-chand en détail. En calculant rigoureusement, il est rare qu’on retire, desemblables opérations, l’avantage qu’on s’en était promis.
D’abord on est victime de son inexpérience, et l’on paie pour les fautesque l’on fait dans un métier qui n’est pas le sien. On est exposé non-seule-ment à être trompé sur les qualités, mais à perdre par des avaries. Si lamarchandise ne vous convient pas exactement, il faut néanmoins la gar-der-, tandis qu’un marchand a plusieurs moyens de placer chez certainespratiques une marchandise qui ne convient pas à d’autfts. Il faut un localpour loger une marchandise qu’on a fait venir en provision, et qui ne peutêtre consommée qu’au bout d’un certain temps. Ce local ajoute au fraisdu loyer, et l’avance du prix coûte en général un intérêt qui est une aug-mentation de prix. On consomme quelquefois d’une marchandise dont ona une provision un peu plus qu’on n’aurait fait si l’on eut toujours at-tendu que le besoin eût forcé de l’acheter. On ne compte pas les ports delettres, les faux frais, les risques, toutes choses qui, pour n’avoir pas étérigoureusement appréciées dans le calcul économique qu’on a cru faire,ont néanmoins une valeur qui renchérit ce qu’on s’est imaginé acquérir àmeilleur compte. Enfin, pour faire cette opération, on a souvent négligédes affaires bien autrement essentielles. Et qu’a-t-on épargné? Le plussouvent on a évité de payer à un commerçant un bénéfice, réduit à n’êtretout juste que le salaire d’une façon productive qu’il a fallu que vous don-nassiez tout de même, et qui vous est revenue beaucoup plus cher. L’at-tention et les soins que l’on donne à son affaire principale sont générale-ment les mieux récompensés, parce que ce sont les plus éclairés, les mieuxdirigés, ceux où l’on est le mieux servi par son expérience. Lorsqu’onveut courir après plusieurs sortes de bénéfices, on risque de les voir s’é-chapper tous.