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PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE XVI.
CHAPITRE XVJ.
Origine de la division du travail, et limites qu’elle rencontre.
« Il ne faut pas s'imaginer, dit l’auteur de la Richesse des Nations, que« cette division du travail, de laquelle découlent tant d’avantages, soit le« résultat d’une combinaison ltumaiue qui se soit proposé pour but cette« opulence générale qui en est le résultat. »,
En effet, messieurs, elle s’est introduite tout naturellement; mais nouspouvons remonter aux causes auxquelles nous la devons.
Si l’homme n’était pas porté par la nature de ses besoins et de scs facul-tés, et surtout par l’usage de la parole, à faire échange d’un objet dont ilpeut se passer contre un autre objet qu’il désire, alors il lui serait impos-sible de s’occuper exclusivement d’un seul genre de production. Aprèsavoir produit ce ^ui suffit à l’appétit du moment, que ferait-il du surplus,s’il ne pouvait l’échanger? Un animal amasse ce qu’il croit pouvoir con-sommer, mais rien au-delà; car qu’en ferait-il? On n’a jamais vu d’animalentrer en marché avec un autre pour faire échange des produits de leurstravaux. Chaque animal, considéré comme producteur pour son proprecompte, ne travaille à nuis autres produits qu’à ceux qu’il peut consom-mer par lui-même, sa jeune famille comprise. L’homme seul fait d’uneseule chose beaucoup au-delà de ce qu’il faut pour satisfaire le besoinqu’il a de cette chose, parce qu’il peut échanger le surplus contre d’autresobjets dont l’usage lui est également nécessaire. L’intérêt de chaque indi-vidu lui fait une loi de choisir une seule occupation et de s’y tenir; car ilpeut produire une plus grande somme d’utilité de celle manière que detoute autre, et dès lors il en a plus à vendre que s’il allait d’une occupationà l’autre. Et si son inconstance, ou un mauvais calcul, le poussait à varierses travaux, ils lui reviendraient plus cher qu’aux autres producteurs ; ilne pourrait soutenir leur concurrence. C’est ainsi que, dans une sociéténombreuse et civilisée, les occupations humaines se classent tout natu-rellement, et se subdivisent d’autant plus que la société est plus civilisée.
Le premier principe de la division du travail est, comme vous voyez,la faculté de conclure des échanges; or, celte faculté elle-même ne peutse rencontrer qu’avec les institutions sociales et avec le droit reconnu depropriété.