Band 
Tome I.
Seite
169
JPEG-Download
 

ORIGINE ET LIMITES DE LA DIVISION DU TRAVAIL. 1139

C'est une preuve de plus que tout système moral et politique qui sup-poserait l’absence de la propriété, conduirait nécessairement au dénue-ment et à la barbarie. Sans propriétés exclusives et privées, point d’é-changes possibles ; et sans échanges point de division du travail; ce quioblige de renoncer à l’abondance, à la perfection dans les produits 1 . L’é-tude de la nature des choses morales et politiques nous ramène toujoursà la nécessité de l’ordre et des lois. Mais en même temps qu’elle vousmontre combien les bonnes lois sont utiles, elle fait sentir mieux que toutehutre ce que les mauvaises lois ont de fâcheux. C’est pour cela que nulleautre étude ne tend plus constamment à l’amélioration des institutionssociales.

De ce que la division du travail est fondée sur la possibilité de l’échange,nous pourrons conclure qu’elle est nécessairement bornée par l’étenduedu marché. Je n’aurai pas de peine à vous le démontrer; mais il faut re-marquer ce qu’en économie politique on entend par ce mot marché. Sonsens primitif désigne un emplacement où l’on se rend de tous les lieuxd’alentour, pour vendre les denrées qu’on produit, ou pour acheter cellesqu’on veut consommer. Communément on y conclut de suite ces deux opé-rations. Les habitants qui affluent dans une ville de marché, profitent deleur déplacement pour vendre et acheter tout à la fois. Ils complètent ainsi,le même jour, l’échange, dont une vente ou un achat, en particulier, neconstitue que la moitié. Ils échangent ce qu’ils produisent par delà leursbesoins contre les objets de leur consommation qu’ils ne produisent pas.

Par extension, on a donné le nom de marché à tous les endroits où l’onpeut trouver l’écoulement, la vente des marchandises dont on veut se dé-faire, sans qu’il soit besoin que les vendeurs ou les acheteurs se réunissenttous à la fois dans la même enceinte. Ainsi, l’on dit que l’Europe est de-

’ Il y a des associations politiques comme celles des frères rnoraves , commecelles des sociétés coopératives dont on a des exemples en Angleterre et dansl’Amérique du Nord, où les occupations sont séparées et où les produits sontcommuns. Mais, en premier lieu,ces associations ont lieu dans des pays policésqui leur garantissent leurs propriétés; en second lieu, elles admettent un certainéchange mutqel des travaux de leurs sociétaires; enfin, il n’est pas prouvé quece mode d’assqciation puisse se perpétuer, faute de ce stimulant qui naît du droitde chaque individu à posséder exclusivement ce qu’il produit par ses moyenspersonnels, et à en jouir exclusivement.