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PREMIÈRE PARTIE.
CHAPITRE XVI.
venue un marché pour les thés de la Chine, pour les sucres de l’Inde, pourles cotons de l’Égypte, et que l’Inde elle-même est devenue un marchépour les quincailleries et même pour les cotonnades de l’Angleterre. Laterre entière était un marché pour les épiceries des Moluques ; mais à pré-sent la Guiane et quelques autres lieux de la zone torride entrent enconcurrence avec les Moluques dans ce marché. C’est à l’imitation desAnglais que nous avons donné cette extension au mot de marché.
Par une suite de la môme extension, vous comprendrez que ces phrases :l 'étendue d'un marché, un marché considérable, ne doivent pas s’entendrede l’enceinte physique du lieu de la vente, mais de l’étendue et de l’impor-tance des moyens de vente que présente un marché. Ainsi, l’on dit qu’unpays très populeux offre, pour tous les produits qu’on peut y vendre, unmarché plus étendu qu’un pays pauvre et dépeuplé. L’Europe est un mar-ché qui consomme bien plus de denrées de l’Orient de nos jours que dansle moyen-âge. Si les nouveaux États qui se sont émancipés en Amériqueparviennent à s’organiser d’une manière stable, si les propriétés y sontbien garanties, si les productions susceptibles d’y réussir s’y multiplientfavorisées par une sécurité complète, par la liberté du commerce et detous les genres d’industrie, ils deviendront, pour les produits de l’Europe,un marché bien meilleur qu’ils ne sont à présent.
Il est nécessaire d’entendre la valeur de toutes ces expressions pour ar-river à la démonstration de cette proposition, que la division du travailest bornée par l'étendue du marché.
En effet, 30 ouvriers, en se partageant l’ouvrage, peuvent fabriquer15,500 cartes dans un jour; mais ce ne peut cire que dans un lieu où l’onpeut trouver à vendre chaque jour un pareil nombre de cartes à jouer;car, pour que la division s’étende jusqu’à ce point, il faut qu’un seul ou-vrier soit continuellement occupé du soin de placer du noir ou du rouge,un autre de lisser les feuilles de carton, un autre de les couper de la gran-deur d’une carte, etc. Si le pays, soit pour l’usage de ses habitants, soiten raison de son commerce, ne pouvait journellement absorber que 5,000caries, il faudrait qu’un ouvrier, entre autres celui qui assemble les jeux,par exemple, n’étant pas employé durant sa journée entière, changeâtd’occupation pour ne pas perdre une partie de son temps ; dès lors la di-vision du travail ne serait plus aussi grande, puisqu’elle consiste essen-tiellement à faire exécuter constamment la même opération par la mêmepersonne.
Pour que les travaux soient bien partagés, il faut donc que le produit