ORIGINE ET LIMITES 1)E LA DIVISION DU TRAVAIL. 171
soit fabriqué dans un lieu de grande consommation, ou dans un lieu d’oùTon puisse l’envoyer au loin et le meure à la portée d’un grand nombrede consommateurs; en d’autres termes, la division du travail ne peut êtrepoussée à un certain point que dans une grande ville, ou lorsqu’elles’exerce sur des objets d’un petit volume relativement à leur valeur, et dontle transport ne saurait renchérir beaucoup le prix.
C’est par celte raison que plusieurs sortes de travaux, qui doivent êtreconsommés à mesure qu’ils sont produits, sontcxécutés par la même maindans les lieux où la population est bornée. Dans une petite ville, dans unvillage, il n’y aurait pas assez de barbes à faire pour occuper constammentun barbier; et les produits de son talent ne sont pas susceptibles de seconserver, ou de se transporter et de se vendre ailleurs. C’est pour cela(pie le même homme est souvent obligé d’y remplir, outre l'office de bar-bier, celui de chirurgien , de médecin cl d’apothicaire ; tandis que dansune grande ville, non seulement ces occupations sont exercées par desmains différentes, mais l’une d’entre elles, celle de chirurgien, par exemple,se subdivise en plusieurs autres, et c’est là seulement qu’on trouve desdentistes, des oculistes, des accoucheurs ; lesquels n’exerçant qu’une seulepartie d’un art étendu, y deviennent beaucoup plus habiles qu’ils ne pour-raient l’être sans celle circonstance. Aussi voyons-nous que c’est dans lesvilles que les arts se perfectionnent; c’est en général des villes que lesprocédés ingénieux, les découvertes, les perfectionnements, se répandentsur toute la surface d’un pays.
On peut faire une observation pareille dans ce qui a rapport à l’industriecommerciale. Voyez un épicier de village : la consommation bornée desdenrées qu’il débite l’oblige à être, en même temps, marchand de mer-ceries, marchand de papier, cabaretier, que sais-je?.... écrivain public,peut-être. Son marché, ses consommateurs ne peuvent pas absorber uneassez grande quantité des choses qu’il vend pour occuper son temps toutentier, ses facultés intelligentes, ses capitaux, et pour lui fournir des pro-fits égaux à ses besoins. S’il ne vendait que du sucre, du café, de l’huile,du poivre, rien que des épiceries en un mot, la masse de ses affaires se-rait si bornée, que ses bénéfices seraient insuffisants; à moins qu’il neportât le prix de ses épiceries à un taux qui nuirait tout a fait à leur con-sommation, ou qui engagerait les consommateurs à se pourvoir sans pas-ser par ses mains.
Tout au contraire, dans les très grandes villes, la vente, non pas desseules épiceries, mais même d’une seule drogue, suffit pour faire un coin-