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Tome I.
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PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE XVR

inerce. A Amsterdam, à Londres, à Paris, il y a des boutiques où l’on nevend autre chose que du thé, ou des huiles, ou des vinaigres; et, commeun métier se perfectionne d’autant mieux que les occupations y sont sub-divisées, chacun de ces marchands connaît bien mieux sa denrée, les di-verses qualités qu’elle présente, tous les usages auxquels elle peut s’ap-pliquer, les différentes contrées d’où Ton peut en faire venir, et sa bou-tique est bien mieux assortie dans tout ce qui tient à cette denrée, que lesboutiques ou Ton trouve à la fois cent objets qui n’ont que peu d’analogieentre eux.

La petite consommation des bourgs et villages les empêche encore dejouir de la totalité des avantages attachés à la division du travail, en cecique, outre qu’elle force les marchands d’y cumuler plusieurs occupations,elle empêche que la vente de certains produits n’y soit constamment enactivité. De là les foires et les marchés. Dans les temps qui nous ont pré-cédés, la population de l’Europe étant beaucoup moins nombreuse, et cepetit nombre d’hommes étant beaucoup moins riches, les foires étaientnécessaires. D fallait qu’un marchand, après avoir vendu tout le drap,ou les bijouteries qu’une ville et scs environs pouvaient acheter pour lemoment, s’en allât, dans quelque autre province, chercher de nouveauxconsommateurs. Ceux-ci, par la même raison , s’arrangeaient pour faireleurs achats au temps de la foire. C’était le moyen d’avoir plus de choix,et de profiter de la concurrence des marchands. On sait que les élèves del’université de Paris achetaient, à la foire du Landi, leurs plumes et leurpapier pour toute Tannée. Mais depuis que la consommation des plumeset du papier est devenue assez forte pour alimenter le commerce des mar-chands de papier, ceux-ci se sont établis à poste fixe ; et chaque consom-mateur pouvant acheter ces denrées à sa commodité et au moment dubesoin, elles ont disparu des foires, ainsi que beaucoup d’autres. Nosgrandes villes sont des foires perpétuelles, parce qu’on y trouve de touten tout temps. En Hollande, dit Turgot, il n’y a point de foires; maistoute l’étendue de l’État et toute Tannée ne forment, pour ainsi dire,qu’une foire continuelle, parce que le commerce y est toujours et partoutégalement florissant.

On peut donc dire que les foires appartiennent à un état peu avancé deprospérité publique ; et ceux qui s’affligent du déclin de celles de Beaucaire,de Guibray, de Francfort, comme annonçant le déclin du commerce, nesavent pas rattacher les effets à leurs véritables causes. Ajoutez que lesdésordres de l’administration civile obligeaient autrefois les marchands a