ORIGINE ET LIMITES DE LA DIVISION DU TRAVAIL. 173
se transporter par troupes, et à profiter des occasions où on leur offraitplus de sûreté et une exemption de droits qui, le plus souvent, étaient ar-bitraires et vexatoires ; mais que ce motif disparaît à mesure que la policeest mieux faite, que le simple particulier est mieux protégé dans sa per-sonne et dans ses biens, et que le système représentatif, qui ne permet àpersonne d’exiger des contributions non consenties, se consolide ets’élend.
Les marchés publics diffèrent essentiellement des foires et ne peuventpas être abandonnés de même. Le cultivateur ne peut pas habiter les villesà poste fixe. Il lui est commode de trouver un lieu de rendez-vous où ilpuisse apporter et offrir ses denrées. Il est commode pour l’acheteur de lestrouver rassemblées en grande abondance et dans leur première fraîcheur.Les marchés au blé, au poisson, tous ceux où l’on vend des produits dontla valeur est essentiellement variable, ont de plus l’avantage, en offrantdes points de réunion à tous ceux qui ont de cette marchandise à vendreet à ceux qui veulent s’en pourvoir, de servir ù en fixer le cours. Ainsi,dans les achats qui se font hors du marché, on ne risque pas de payer lamême marchandise beaucoup au-delà de sa véritable valeur, ni de la vendrebeaucoup au-dessous. Or, ces avantages appartiennent à tous les degrésd’avancement de la société.
De ce qu’il faut nécessairement une consommation un peu considérablepour que la séparation des travaux soit poussée à son dernier terme, ilrésulte qu’elle ne peut pas s’introduire dans la fabrique des produits qui,par leur haut prix, ne sont qu’à la portée d’un petit nombre d’acheteurs.Elle se réduit à peu de chose dans la bijouterie fine. Et comme nous avonsvu qu’elle est une des causes de la découverte et de l’application des pro-cédés les plus ingénieux, il arrive que c’est précisément dans les produc-tions d’un travail exquis que de tels procédés se rencontrent plus rare-ment. En voyant un collier fait en cheveux, on se représentera, tant bienque mal, qu’un ouvrier aura natté et noué les cheveux avec une grandedextérité ; mais en voyant un lacet d’un sou, on ne se doutera guère qu’ila été exécuté par un cheval aveugle, et que le métier d’où il sort a résoluun des problèmes de mécanique les plus difficiles'.
Vous voyez, messieurs, que si nous voulons savoir quelles sont les pro-
1 Dans le métier à lacets, le moteur agit sur des bobines qui font des révolu-tions de la plus grande régularité, sans tenir par aucun lien au système généraldelà machine, comme ferait une halle qui obéit à l’impulsion de deux joueurs.