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Tome I.
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ORIGINE ET LIMITES DE LA DIVISION DU TRAVAIL. 175

ces villes, la division du travail, et par conséquent la production, n’auraientpu être portées aussi loin, si des canaux de navigation n’avaient pointétendu leur marché jusqu’aux ports de mer, et par les ports de mer jus-qu’aux extrémités du monde.

Nous voyons une très grande subdivision d’occupations s’introduire dansla fabrication des étoffes. Ce sont des professions absolument différentesque celles qui filent le coton, celles qui le tissent, celles qui l’apprêtent,celles qui le teignent. Voilà non-seulement des travaux divisés entre divershabitants d’une ville, qui les accomplissent chacun pour des comptes dif-férents, quoique ce soit pour coopérer à un même produit, qui est uneétoile de coton ; mais si nous observons une seule de ces professions quin’accomplit qu’une part d’un produit, nous y verrons les travaux répartisentre plusieurs classes d’ouvriers qui font toujours la même chose. Dansune filature de coton, ce sont toujours les mêmes personnes qui cardent lecolon, les mêmes qui le filent en gros, les mêmes qui le filent en fin. Lesfemmes qui le mettent en écheveaux n’ont pas d’autre occupation que dedévider tout le long de la journée. Celle grande, subdivision dans les tra-vaux qui ont pour objet la fabrication des étoffes, lient principalement àla facilité de leur transport, et (ce qui en est la cause en partie) à la valeurassez importante qu’elles peuvent renfermer sous un fort petit volume. Laconsommation que nous faisons de nos vêtements étant toujours plus oumoins lente, l’étoffe dont ils sont faits peut être d’un prix assez élevésans revenir fort cher au consommateur. Voilà pourquoi les classes infé-rieures des îles d’Amérique, et même les nègres qu’on cherche à vêtir aumeilleur marché possible, peuvent être habillés de cotonnades faites à2000 lieues de distance, à Manchester et à Rouen. Dès lors vous compre-nez quel immense marché est ouvert aux manufactures de ces deux villes,et conséquemment combien la séparation des occupations peut y êtrepoussée loin.

Les étoffes vont d’autant plus loin qu’elles risquent peu de s’avarier enroute. Elles ne sont pas sujettes à se briser. Elles peuvent en général seployer fort serré et se ranger commodément dans toute espèce d’embal-lage. Ce qu’il faut de petit taffetas pour une robe de femme peut se ployersous un volume qui n’excède pas beaucoup celui de trois jeux de cartes.Une partie des étoffes de colon que les Anglais envoient aux Antilles s’ex-pédie dans des tonneaux qui se font en Angleterre pour être remplis derhum à la Jamaïque. Voyez combien cet emballage coûte peu. Il ne coûterien. Que dis-je? il rapporte : puisqu’il est lui-même un objet de com-