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PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE XVI.
merce. Voilà de ces preuves d’industrie qui montrent par quels moyensun peuple parvient à étendre le marché de ses produits.
L’industrie agricole est celle des trois qui admet le moins de subdivisiondans les travaux. L’essence de la division du travail, est que chaque tra-vailleur fasse constamment la même besogne. C’est là ce qui donne lesmoyens de faire mieux et plus vite. Or, c’est ce que ne permettent ni lesfaçons qu’il faut donner à la terre, ni les vicissitudes des saisons. Commentle même homme pourrait-il semer toute l’année, et un autre homme ré-colter perpétuellement? On ne peut pas même, aux mêmes époques, re-commencer les mêmes travaux ; il faut varier ses cultures si l’on ne veutpas épuiser le sol. Enfin, une grosse ferme (qui est une grande entrepriseagricole) occupe moins d’ouvriers qu’une petite manufacture d’épingles.Sauf les moments de récolte, où l’on prend des travailleurs extraordinaires,elle n’occupe pas dix ouvriers, et il s’y présente cinquante occupationsdifférentes. II faut donc que le même ouvrier se charge de plusieurs genresd’occupations. Quand le temps est beau, il faut que tout le inonde soit enétat de travailler aux champs; quand il est pluvieux, il faut que tous lesvalets de la ferme soient en état de battre en grange, ou d’exécuter quelqueautre travail abrité.
La division du travail suppose l’emploi d’un grand nombre de personneset l’emploi d’un grand nombre de personnes exige dans l’entrepreneur ungros capital. Il faut qu’il ait un local plus étendu, un approvisionnementplus considérable en matières premières, des machines plus nombreuseset plus compliquées ; il faut faire l’avance de l’entretien d’un plus grandnombre d’ouvriers. Lorsque l’on fdait encore du coton au petit rouet, i!suffisait à une fileuse d’acheter à la fois une ou deux livres de coton etune paire de cardes à la main ; le rouet, qui était fort simple, coûtait fortpeu, de môme que le dévidoir. Maintenant, qu’une filature occupe plusieurscentaines d’ouvriers, il faut, pour filer du coton, de vastes bâtiments; ilfaut acheter la matière première par parties de 20 ou 30 balles, et avoirà la fois en fabrication une forte quantité de marchandise ; il faut acheterdes machines qui coûtent plusieurs milliers de francs ; et un petit capita-liste, un villageois, qui ne pourrait disposer que de la somme que l’on con-sacrait autrefois à cette industrie, ne serait pas en état de lutter contre lesmanufuctures où ce sont des personnes différentes qui ouvrent le coton, quile cardent, qui l’étirent, qui le filent en mèches, qui allongent ces mèchesen fil, qui dévident le fil. Le villageois ne pourrait soutenir leur concur-rence, même quand les filât lires ne feraient pas usage d’un moteur aveugle.