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Tome I.
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PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE XVII.

« Si l’homme développe ainsi son entendement par l’exercice d’un tra-vail compliqué, on doit s’attendre à un effet tout contraire sur l’agent d’untravail divisé. Le premier (qui porte dans ses bras tout un métier) sent saforce et son indépendance ; le second tient de la nature des machines aumilieu desquelles il vit. Il ne saurait se dissimuler qu’il n’en est lui-mêmequ’un accessoire, et que, séparé d’elles, il n’a plus ni capacité ni moyensd’existence. C’est un triste témoignage à se rendre que de n’avoir jamaislevé qu’une soupape, ou de n’avoir jamais fait que la dix-lmilième partied’une épingle.

« Comme son travail est d’une extrême simplicité eL qu’il peut y êtreremplacé par le premier venu ; comme lui-même ne saurait, sans un ha-sard inespéré, retrouver ailleurs la place qu’il aurait perdue, il reste, vis-à-vis du maître de l’atelier, dans une dépendance aussi absolue que dé-courageante. Le prix de sa main d’oeuvre, regardé autant comme unegrâce que comme un salaire, sera calculé par celte froide et dure éco-nomie, qui est la base des établissements manufacturiers. »

Telles sont les considérations les plus importantes contenues dans cetécrit de Lemontey, relativement à l’influence de la division du travail surle sort des travailleurs. Quoiqu’il ait indubitablement raison sur plusieurspoints, je ne voudrais pourtant pas, messieurs, que ses arguments lissentsur vous une impression telle, que vous puissiez voir avec peine ce qu’uneinvestigation plus complète du sujet doit cependant faire admettre commeun véritable progrès et un bien réel pour la société.

L’auteur confond d’abord l’influence de la séparation des occupationsavec l’influence des maehhjes. Ces deux circonstances cependant diffèrentessentiellement. Le travail des machines rend superflu l’emploi de beau-coup d’ouvriers, mais ne simplifie pas le travail de ceux qu’elles occupent.Au moyen de la machine à tondre les draps, deux ouvriers peuvent ex-pédier autant d’ouvrage que 15 ou 20 hommes en pouvaient faire ; maisles deux ouvriers qu’elle emploie doivent avoir pour le moins autantd’adresse et autant de raisonnement qu’il en faut à des tondeurs ordi-naires. Cette question des machines, comme supplément au travail hu-main , est importante, et nous allons l’examiner avec soin; observonsquant à présent l’effet de la division du travail, et non de son remplace-ment. Celte division s’introduit même dans les arts où les machines sontpeu employées ; nous la remarquions tout-à-l’heure dans les métiers quitravaillent le cuir, où l’on fait moins usage des machines expéditives quedans beaucoup d’autres. La seule liaison à remarquer entre ces deux idées,