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Tome I.
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PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE XY1II.

Enfin, l’expérience ne nous montre pas une supériorité morale ou in-tellectuelle marquée dans l’ouvrier des campagnes lorsqu’on le compare àl’ouvrier des villes, quoique dans les campagnes la division du travail nepuisse pas être poussée bien loin, et que, dans les villes, les travaux soientinvariablement classés. J’en appelle à tous les hommes qui ont été à portéede pratiquer les uns et les autres. Ont-ils remarqué dans l’ouvrier des cam-pagnes plus d’ouverture d’esprit? Met-il plus de raisonnement dans ses pro-cédés? Est-il moins attaché à des routines absurdes ? Devient-il plus rare-ment dupe des déceptions et des charlatans de toutes les couleurs ?

Lemontey, après avoir peut-être trop déploré la funeste influence dela division du travail sur les travailleurs, lui en attribue une bien fâ-cheuse aussi sur le corps social ; mais, comme c’est princpialement sousle rapport des occupations qu’elle enlève, cet inconvénient rentre danscelui qu’on a attribué aux machines, et je l’examinerai en même temps.

CHAPITRE XVIII.

Du service des Machines dans les arts.

Les questions économiques, comme les autres, pour être bien réso-lues, veulent être bien posées ; mais, pour les bien poser, il faut connaîtrela nature de la chose dont il est question et ses rapports avec toutes lesautres. Sachons donc quelle espèce de service rendent les machines dansles arts. Celte connaissance nous permettra de voir nettement les consé-quences bonnes ou mauvaises qui résultent de leur emploi.

L’homme, pour approprier à ses besoins les objets qui s’offrent à lui,est plus dépourvu de moyens naturels que bien des animaux. Abandonnéà lui-même, lors même qu’il se réunirait en troupes, il ne parviendraitjamais, comme le castor, à couper de grands arbres, à former des digues,à maçonner des maisons ; jamais il ne construirait, comme l’abeille, cesmilliers d’alvéoles, toutes semblables, d’une forme géométrique parfaite ;édifice élégant, solide et léger, que nous sommes réduits à admirer sanspouvoir l’expliquer. Mais si la nature a refusé à l’homme des moyens d’agirimmédiatement sur les corps, elle lui a donné l'intelligence qui les vauttous. C’est l’intelligence qui lui fournit des secours artificiels bien autre-ment puissants, qui lui suggère des moyens de modeler à son gré les êtresnaturels et de changer pour ainsi dire la physionomie du globe qu’il habite.