Band 
Tome I.
Seite
184
JPEG-Download
 

184

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE XVIII.

réduisions le blé en farine suivant les procédés des anciens, c’esl-à-diredans les moulins à bras. Dans ce cas-ci, l’économie de la force peut êtreévaluée en argent, et je dis qu’elle est acquise au profit de la société ; carla concurrence ne permet pas aux entrepreneurs de se faire rembourserune dépense qu’ils n’ont pas faite. Nous chercherons ensuite à apprécierl’inconvénient momentané qui peut résulter pour une classe de la société,pour les marchands de travail, de l’introduction d’une machine expéditive.

Un moulin à eau ordinaire peut moudre chaque jour 36 hectolitres deblé; et l’on estime qu’il faudrait 168 hommes pour réduire en farine, avecdes moulins à bras, la même quantité de blé dans le même espace de temps.Supposons, pour ne pas en exagérer la dépense, qu’il n’en fallût que 150.Leurs journées, à 2 francs, dans les environs de Paris, ne coûteraient pasmoins de 300 francs par jour.

Dans le même canton, l’usage d’un cours d’eau peut coûter 3,000 francspar année*. Je ne compte pas l’usage de la maison, parce qu’il en fautune pour abriter les tourneurs de meules à bras aussi bien que le moulin.Je ne compte pas non plus les frais d’établissement de la machine, parcequ’il en faudrait d’équivalents pour établir les moulins à bras. Ce ne sontpas des machines aussi compliquées qu’un moulin à eau, mais il en fau-drait plusieurs pour moudre celte quantité de grain. Nous devons donccomparer seulement les frais de la chûte d’eau avec les journées desmanouvriers. Or, 3,000 francs de loyer, répartis sur 300 jours de travail,font seulement une dépense de 10 francs par jour au lieu de 300 francsqu’aurait coûté le travail des hommes. Je ne parle pas des interruptionsfréquentes qui seraient résultées de la lassitude ou de la mauvaise volontédes manouvriers, ni des stimulants honteux qu’on sait être nécessairespour obtenir un travail soutenu®.

' Le loyer d’un moulin à eau, dans les environs de Paris, coûte plus de 3,000 fr.par an ; mais il comprend l’intérêt du capital engagé dans la maison, les meuleset les machines.

9 Plusieurs passages des auteurs anciens nous apprennent que le travail de lameule était regardé comme excessivement pénible. Homère, dans le vingtièmechant de l 'Odyssée , peint la désolation d’une malheureuse esclave occupée àmoudre le grain. Elle maudit les festins qui ont multiplié ses peines; elle seplaint d’avoir épuisé ses forces et d’être devenue comme une ombre. Quand laguerre ne procurait pas assez de prisonniers, c’est-à-dire d’esclaves, pour exé-cuter ce travail, chez les anciens, on y employait des femmes. Les mœurs gros-