RÉVOLUTION DANS L’INDUSTRIE DU COTON.
193
i
i
f
S
ü
.»
i:
soie, jusqu’au moment où cetle industrie pénétra chez les Grecs du Bas-Empire et de là en Italie, au XV e siècle, à l’époque où les Turcs firent laconquête de la Grèce. On sait qu’elle fut portée en France au commence-ment du XVII e siècle, et de France en Angleterre et en Allemagne, parsuite de la révocation de l’édit de Nantes.
Pour en revenir au coton, afin de comprendre la grandeur de la révo-lution que.ee commerce a subie, nous tâcherons de savoir ce qu’il était àson origine.
Dans les plus anciens temps historiques , l’Inde fournissait à l’Europeses mousselines et d’autres tissus de colon, par la mer Noire. Des mar-chands assyriens les portaient, avec les soieries de Chine, les tapis doPerse, et les épiceries de l’Orient, à Colchos et à Trébizonde, ports sur lePont-Euxin, qui depuis ont fait partie du royaume de Milhridale. D’autresmarchands les répandaient de là dans les parties de l’Europe où quelquecivilisation se laissait apercevoir. Il n’en fallut pas davantage pour procurerde grandes richesses aux villes qui servaient d’entrepôts à ce commerce.Les Grecs, qui commençaient alors à cultiver les arts et la navigation,voulurent prendre part à ces richesses 1 , et firent une première expéditionen Colchide pour en rapporter les produits de l’Orient. De là l’histoire,habillée en fable, des Argonautes et de la conquête de la toison d’or.
Ces produits de l’Inde et de la Chine furent longtemps rares en Europe,de même que leurs consommateurs. Nous en pouvons juger par le prixexcessif des soieries à Rome, jusqu’au temps des empereurs, où on lesvendait au poids de l’or : on mettait leur poids en or dans l’autre bassinde la balance, et l’or comparé au blé valait six fois autant qu’à présent 2 .Les tissus de coton, sans être aussi chers que les soieries, coûtaient néan-moins beaucoup aux consommateurs. Ces étoffes ne pouvaient convenirqu’à la grande opulence ; et rien n’étonnerait probablement une damegrecque qui aurait fait un sommeil de deux mille ans, comme de voir unede nos plus simples ouvrières avec un tablier de taffetas noir, une robede toile de coton peinte et un châle de mousseline.
Un peu plus tard, une route moins longue s’ouvrit entre l’Asie et l’Eu-
t; 1 Voyez ce que Pline et Strabon disent de ce commerce et de cette richesse: des Colchidiens.
2 Voyez plus loin, dans ce Cours, ce qui a rapport à l’altération survenue dansla valeur des monnaies.
13
i.